DANTE 01
Voila donc le premier long métrage de Marc Caro qui jadis avait réalisé avec son compère Jean Pierre Jeunet l’excellent Delicatessen ainsi que la soporifique Cité des enfants perdus. Depuis Jeunet a connu le succès et Caro, lui, a travaillé avec Pitof, et Jan Kounen. C’est dire si le garçon doit avoir les boules.
Et c’est sûrement parce qu’il a les boules qu’il a voulu impressionner tout le monde avec un film de SF mystique. C’est un peu plus sérieux que les intrigues très France-pantoufle de son ancien collègue. Et forcément pour en jeter, le plus simple dans ces cas là c’est de pas se casser la tête à écrire une histoire mais de balancer n’importe quoi à la gueule des gens pour qu’ils aient l’impression qu’il y a quelque chose à saisir, pour que les étudiants puissent étudier et que les critiques critiquent. Avec un peu de chance un mauvais papier dans Télérama permettra de prendre une position d’auteur véritable, un lynchage sur internet sera le signe évident d’un génie incompris…
On a donc pour l’ânerie qui nous préoccupe aujourd’hui un prisonnier du nom de St George (Lambert Wilson) qui déboule à Dante01 une prison de l’espace en forme de crucifix où les autres prisonniers s’appellent Moloch, César, Bouddha, Lazare ou Attila et où les deux scientifiques qui bossent sur les méandres tourmentés de l’âme humaine s’appellent Perséphone et Charon. Pas la peine de vous expliquer à quoi renvoient ces différents noms, c’est juste pour faire mystique (Caro a vu ça dans Matrix, ça marchait très bien). Car bien sûr le réalisateur s’astique le jonc à l’idée qu’avec des patronymes aussi connotés et qu’en commençant son histoire par « il était une fois » ça va donner de l’ampleur à son scénario, évidente parabole du destin de l’humanité. Pas la peine non plus de se demander pourquoi ils sont tous rasés à blanc, il a vu ça dans Alien3…
Le problème, c’est que si on se jette par la fenêtre au cinquième étage, c’est pas en se foutant une plume dans le cul que ça changera quoi que ce soit au résultat, mis à part qu’en plus de se casser la gueule, on aura l’air con… Et toutes ces citations foireuses, c’est autant de plumes que Caro plante dans le cul de son film.
Mais ne nous laissons pas distraire par l’évidente prétention du désopilant postulat de départ et reprenons le résumé de l’histoire pour ceux et celles qui n’ont pas perdu 80 minutes de leur vie à regarder la piètre et poisseuse conclusion de cette branlette ridicule. Donc, St George ne peut pas mourir, il est insensible aux gaz et il arrive à soigner les gens par apposition des mains en sortant des raviolis lumineux qui symbolisent le mal puis en les dévorant comme si c’étaient des gros cafards d’une épreuve de Fear Factor. Une heure plus tard, alors que tout le monde va mourir car la station a bêtement quitté son orbite, les raviolis encerclent son cœur et puisqu’il s’est nourri de nos peurs, de nos maladies donc de nos pêchés, il est temps pour lui de nous sauver, ça aura pris 88 longues minutes, et 26 euros pour le dvd merci !
Si le film se veut aussi sérieux que 2001 et la Bible réunis alors qu’il n’arrive qu’à être encore plus con que The Fountain, c’est une chose. Caro a raté son exégèse, c’est un fait. Mais que reste t’il du spectacle de science-fiction proposé ? Bordel, c’est pas parce que c’est con comme la lune qu’on ne peut pas s’éclater au spectacle jouissif d’un film de SF, ce genre est devenu tellement rare…
En plus, au niveau visuel, je rappelle quand même que Caro est une légende, Métal Hurlant tout ça, il a bossé avec les plus grands (Pitof, Jan Kounen) c’est pas rien ! Mais malheureusement, plombé par une réduction de budget il ne parvient pas à retrouver la maestria de Blueberry et on se retrouve en bout de course avec des effets unilatéralement laids et répétitifs. Caro a beau secouer sa caméra ou trouver des angles de vues alambiqués, ça n’y change rien…
Puisqu’on en est là, j’en profite au passage pour fustiger les images de la Cité des enfants perdus et d’Amélie Poulain de son pote qui étaient des films aux images continuellement verts et rouges (cadre tout vert avec juste une pointe de rouge ou l’inverse, jusqu’à la nausée), là, Caro nous ressort une nouvelle fois cette astuce assez nulle et en tous cas très moche. Mais il a travaillé et son film il l’a peaufiné pendant des années alors ce surdoué issu de la BD a trouvé l’idée pour se démarquer des films de son pote : Ce coup ci, ça sera vert et… orange ! Tartinée sur photoshop, la photo du film est d’une putasserie rare avec son petit air genre pouf pouf personne le verra…
Même principe pour le casting, avec Jeunet à l’époque ils embauchaient des sacrées gueules, ça fonctionnait bien, Jeunet depuis il continue et ça marche bien pour lui, il a fait Alien et tout, alors bon comme Caro aussi veut aller aux USA, il continue d’appliquer la même vieille bonne recette ! C'est ainsi qu'on retrouve autour de l’attendu Dominique Pinon un défilé de gueules connues (Levantal, Lochet, Hadji Lazaro, Colette…) et ce qui est bien avec ce genre de tronches, c’est qu’elles existent par elle mêmes, ainsi pas besoin d’écrire leurs rôles, on a juste à les poser dans le cadre et ça doit suffire. Résultat, son film de SF mystique a une dégaine d'épisode des Deschiens dans lequel le chanteur de Pigalle s’apprêterait à chanter le Bar Tabac de la rue des martyrsen attendant que Levantal nous fasse le coup de la roulette russe en sniffant de la coke ! A croire qu’après avoir taffé avec Pitof et Kounen, Caro a appris la direction d’acteur chez Besson ! Au milieu de ce cirque improbable, Lambert Wilson a l’air habité par son rôle, même si finalement on peut se demander si il ne serait pas plutôt un peu gêné et un peu inconfortable. Il reste prostré dans un coin, se faisant discret, tentant de se faire oublier, bien content qu’une seule ligne de dialogue n’ait été écrite pour lui (« je vois la lumière »). Ceci dit le spectateur lambda, témoin du spectacle inepte de ce film ni fait ni à faire, aura sans peine la même race mortifiée... Sauf que lui la lumière ben il faudra qu’il aille aux chiottes pour avoir une chance de l’apercevoir !
Au niveau des dialogues, on nage dans l’absurde le plus total. C’est tellement autre que ça en devient mystique, je dirai même que c’est carrément l’incarnation grammaticale de l’expression « en roue libre », c’est la synthèse parfaite de la connerie et du j’m’enfoutisme intellectuel. Tenez vous bien, parce que c’est gratiné ! La méchante compagnie « la Neurinos » (on peut pas faire plus tarte) décide de commercialiser l’ADN de l’ange St George mais Perséphone qui aime les Hommes n’est bien sûr pas d’accord (rien que d’écrire les tenants et aboutissants de ce film me donne envie de faire sur moi) et le fera savoir à cette saleté de chinoise (très méchante mais bien foutue, on nous la montre à poil au début pour nous troubler dans une pathétique tentative de faire diversion) en tentant de la terrasser à coups de lieux communs définitifs et de phrases nulles comme « Qui peut se vanter de connaître les hommes ?» ou comme « Vous pensez qu’il suffit de rafistoler un bout d’ADN pour résoudre les mystères de l’esprit humain » pour finalement la terrasser d’un implacable « La vie ne se limite pas aux protocoles ». Et cette pauvre Simona Maicanescu ne fait pas que dire des conneries à ses collègues, elle commente en plus le film du début à la fin, faisant disparaître peut être le dernier soupçon de mystère qui aurait pu surnager dans le résultat putride de l’onanisme de Caro. A la vue des deux comédiens jouant les scientifiques, Maicanescu donc et Gerard Laroche (qui joue les yeux globuleux à merveille) et dont la prestation est à l'unisson du reste du casting, on se dit que le film aurait été plus cohérent s'ils s'étaient appelés Tanche et Mérou...
Passons rapidement sur les aberrations d’un scénario anorexique : le prisonnier qui a un ordi portable en secret alors que leur cellule se résume à deux pièces et trois couloirs, l’ange qui a besoin d’une combinaison pour être dans l’espace alors qu’il ne peut pas mourir, les commandes de la navette sont accessibles uniquement par le quartier des prisonniers et au travers d'un couloir remplis d’eau bouillante…
Un script qui n’a de cosmique que sa prétention, des dialogues misérables, une photo vulgaire, une mise en scène aux effets surannés… Tout ceci finalement ne serait rien sans un final à la hauteur. Et cette apothéose arrive au bout d’une heure de film, doctement anticipée par Perséphone qui prévient d’un ton philosophe l’auditoire qu’il va bientôt être temps de rallumer les lumières et de revendre ce DVD au plus vite : « Si nous appartenons tous à la lumière, il convient en chacun de nous de faire reculer les ténèbres », Lambert Wilson sort donc de la station, puis le mal qu’il a extirpé de nous autres pauvres pêcheurs se transforme en lumière (en forme de spirale, ça fait ADN c’est classe), trois minutes sur 2 plans à effets qui se répètent et finalement avant de disparaître la station apparaît au bord de la Terre comme apparaissait l’enfant des étoiles de 2001. Les voila tous « saints » et sauf. Amen. Vous pouvez rire, je pensais avoir tout vu avec le sperme de l’arbre et le Jesus-salade de The Fountain, là, Caro a carrément ouvert une porte des étoiles vers le concept même de la connerie et du n’importe quoi.
Faire semblant qu’on se masturbe sur des thèmes mythiques alors qu’on n’a fait que déféquer un beau paquet de crotte, c’est finalement plus médical qu’autre chose.
Il n’est pas au niveau de 2001, même pas au niveau de The Fountain ou de Blueberry, finalement, Caro est narrativement et visuellement au niveau de la pub pour la prévention du cancer colorectal.
Caro, Gens, DuWelz, Laugier, Pitof, Bustillo... Vous voulez pas faire des comédies populaires, qu'on puisse souffler un coup ?!