mardi 25 mai 2010

LEGION


Le cinéma américain, plus que tout autre, se nourrit d’idéologies qu’il porte ou révèle, tantôt miroir de la société, tantôt entreprise prosélyte. A l’instar des grands mythes fondateurs du pays de l’Oncle Sam (la frontière, la destinée manifeste) la superstition conditionne l’esprit dans lequel sont produits la plupart des films d’exploitation. De fait, certaines valeurs sont mises en avant et présentées comme sacrées. Aujourd’hui le « happy end » représente le moment où finalement la cellule familiale naturelle se réunie (vous savez, comme dans 2012)… Mais si le cinéma d’exploitation a consacré le militarisme et le patriotisme comme de véritables gimmicks, bien rares sont les films où la religion occupe frontalement le premier plan et conditionne tous les enjeux. C’est le cas de cette innommable Legion qui nous balance une séquelle très personnelle de la Bible et assène entre chaque scène de fusillade un tel moralisme qu’on a l’impression de passer 90 minutes à se faire engueuler par un membre de l’opus dei.
Comme tous les films américains traitant de problèmes philosophiques ou sociaux, Legion s’ouvre sur un psaume (ici un truc du genre « Ecoutez bande de têtards, moi je vais vous apprendre à flipper du Big Boss ») censé donner une certaine consistance à un script qui oscillera constamment entre un premier degré hilarant et la caricature pathétique de ses intentions. Ca fait donc un moment que Dieu est saoulé par l’Humanité, il décide d’envoyer son armée massacrer sa terrestre engeance. Sauf qu’un ange, Michel, décide d’aller contre Sa volonté. Déchu de son statut divin, il atterrit un soir à Los Angeles pour retrouver et protéger Charlie, une pauvre serveuse dont le polichinelle n’est autre que la réincarnation du Christ. Réunis dans un routier au milieu du désert, la serveuse et quelques brebis égarées vont faire face aux démons que Dieu déchaine pour détruire l’enfant. Tous ensembles, ils vont résister deux nuits avant que ne déboule l’Ange Gabriel décidé de remettre de l’ordre dans tout ça. Il échouera, l’Humanité a un nouveau sauveur pour guider les survivants du divin courroux.
Legion est le premier film de Scott Stewart, un responsable d’effets spéciaux dont la boite, The Orphanage, vient de couler. Avec son ancien associé, devenu pour le coup producteur, ils nous balancent un des films les plus rétrogrades et les plus culpabilisateurs qu’on ait pu voir depuis des années. Ils nous refont le coup du final évangéliste d’I am Legend comme s’ils nous remakaient la fameuse scène du Dernier Tango à Paris, mais sans la motte de beurre.
Ce qu’on peut déjà concéder au film c’est que dans ce pays de cocagne qu’est la France, lorsqu’un ange descend sur Terre pour sauver l’Humanité, c’est Mimi Mathy qui vient à la rescousse d’une pauvre mère isolée pour l’aider à remplir sa déclaration RSA. Aux Etats Unis, lorsqu’un ange descend sur Terre, c’est de fin des temps et d’extermination dont il s’agit, et à la place d’ une naine qui trottine dans un studio de la Plaine St Denis on a Paul Bettany (sorte de Pascal Greggory américain) qui défouraille des M16 dans le désert de Mojave. Ca a quand même un peu plus de gueule. Autour de Bettany, on retrouve quelques valeurs sûres de la série B comme Dennis Quaid (le Tuck Pendelton de L’Aventure Intérieure entre autres) qui surjoue son rôle comme si sa vie en dépendait, ou Charles Dutton (le Dillon d’Alien 3) encore une fois abonné au rôle du Noir qui, d’un regard lourd et grave, cite la Bible à tout bout de champ. Ces gueules sympathiques on beau tout tenter pour essayer de nous impliquer dans ce nanard, les dialogues mélodramatiques aux sentences définitives plombent le tout avec un tel sérieux qu’on rirait de bon cœur si on n’avait pas l’impression que le scénario avait été écrit par Pie IX. Au milieu de cette caractérisation à la truelle, Charles Dutton mérite tout de même un Oscar pour son air de chien battu au grand cœur, tellement crétin qu’on se croirait dans un mauvais Eastwood.
Reconnaissons également au film quelques qualités techniques. Certaine images ne sont vraiment pas dégueu et quelques unes, intriguantes, frappent justes. Un peu comme si un mécréant perdu dans l’équipe avait profité d’un dimanche matin pour shooter ces plans dans le dos des responsables, surement plus occupés à accomplir quelques génuflexions qu’à se demander comment filmer correctement ce qu’ils ont sur le papier. Le score de Frizzel est, quant à lui, honorable. On a notre lot d’envolées pompières quand il faut et quelques nappes à la Penderecki lorsque le spectateur doit flipper, ça ne marche pas mais le geste est là.
Le gros souci, c’est qu’une fois encore on a un réalisateur incompétent qui non seulement n’arrive pas à se sortir de sa position de fanboy vis-à-vis de ce qui l’a influencé, mais en plus le revendique à la moindre occasion. Scott Stewart veut que le spectateur reconnaisse l’ombre de Terminator derrière chaque plan, chaque dialogue. Legion emprunte donc à l’unique chef d’œuvre de Cameron son introduction avec l’apparition d’un type dans une rue de Los Angeles. Mais il pompe également le pitch (une serveuse qui se retrouve mère du messie est au centre d’une lutte qui la dépasse) et le final (bandana et route dans le désert compris). Si l’Archange Michel chourave à Reese sa plus célèbre punch line (« suis-moi si tu veux vivre »), Stewart a du se dire que l’Ange Gabriel regardant l’écran avec un air menaçant en sortant « I’ll be back » ça allait peut être faire beaucoup. Et ça, à ce niveau, c’est un peu mesquin… Mais Terminator n’est pas le seul classique à être pompé. Des êtres possédés ? Ah oui… comme ce que fait l’agent Smith de Matrix ! Michel vient prévenir la Vierge Charlie, il parle comme Neo dans Matrix 2 ! Une vieille possédée en veut au bébé ? Elle parle et courre partout comme dans les scènes coupées de L’Exorciste ! Des plaies bibliques s’abattent sur Terre, Stewart a déjà vu ça dans The Mist, L’Hérétique et La Momie !
Evidemment, avec un budget relativement faible, la fin des temps est plutôt cheap, se résumant à une panne de télé et à un essaim de mouches numériques. Pas génial. Alors quand il tourne son plan au Paradis, même si l’ensemble ressemble à un décor oublié de Stargate, il nous propose fièrement un ballet aérien d’anges exterminateurs en formation de combat. Dommage que ce plan ne serve que de bande annonce pour ce qu’on aurait aimé voir et qu’on ne verra jamais… Le spectacle d’anges qui se bourrinent les uns les autres à l’arme automatique c’était pourtant une bonne idée, sacrément bis et sacrément rigolote. Même si pour le réalisateur tout ceci est très sérieux, ce dernier déclare en interview que son pitch était tout à fait crédible. Aussi crédible que s’il avait fait un film sur une inondation géante. Et on dirait même que ça l’excite : « Quand vous regardez les débuts de l’art religieux, vous retrouvez l’Archange Michel avec une épée et une armure, vous vous dites que c’est cool et vous vous demandez qu’elle en serait la version moderne ? Des fusils mitrailleurs et des lances roquettes, avec certainement des minutions illimitées. » Cool, non ?
Alors qu’est ce que ce type a dans la tête ? On peut sérieusement se le demander lorsqu’on voit l’ange Gabriel, censé représenter la fureur de Dieu (Gabriel signifiant « Dieu est ma Force », un sorte de concept entre Ophélie Winter et George Lucas j’imagine), passer la porte du restaurant dans un contre jour élaboré à la truelle et dans une légère contre plongée censée signifier sa puissance … Comment un film qui déroule un propos mystique si réactionnaire se retrouve avec comme bras armé de Dieu, une espèce de type metrosexuel habillé comme s’il faisait l’andouille sur un char de la Gay Pride !? Exhibant en plus entre ses mains fermes son instrument de puissance : une masse d’arme turgescente… Décidemment, chez Stewart, Dieu semble façonner son monde comme un réal italien une série Z.
Déjà bien fauché, le film doit également composer avec une narration complètement foutraque d’accumuler les incohérences, car s’il y ’a bien une légion dans le film, c’est celle des âneries et des invraisemblances. Mais ce ne sont pas vraiment les raisons qui font de cette merde une horreur tellement détestable. Qu’un bébé pas attaché survive à un accident et trois tonneaux, c’est pas bien grave (de toutes façons la voiture est là pour le bonheur de l’Humanité, elle ne peut pas nous faire du mal), en tous cas pas plus que de voir une mère enceinte prête à mettre bas tirer à l’arme automatique ! Que les anges ne pensent pas à posséder les proches de la mère du Messie, pourquoi pas, de toutes façons quand on est habillé comme un figurant des Guerriers du Bronx, on a intérêt à rester un peu à l’écart… Par contre, ce qui ne reste pas à l’écart, c’est bien la bondieuserie abominable du propos.
Lors d’un film de siège, la caractérisation des personnages doit nous aider à nous identifier avec eux, et si l’on commence à vouloir les voir vivre devant nous, c’est que nous tremblerons de plus belle lorsqu’ils seront submergés par la menace qui rode. Ici, chaque personnage porte sa croix et chacun retrouvera la voie dans l’épreuve. La famille de la ville avec le père, la mère et la gothique sera peut être décimée, mais au final la fille comprendra qu’elle a fait souffrir ses parents et qu’elle ne devrait pas porter des jupes si provocantes. Avant le destin funeste qui l’emportera elle saura faire amende honorable. Le bad boy de Las Vegas est sur le sentier de la violence, mais c’est parce qu’il s’est égaré. Le bon Noir bienveillant et pieux saura le mettre sur le chemin de la rédemption et s’il arpentait le mauvais chemin, c’est parce que son ex femme ne voulait pas qu’il parle à sa petite fille. Sans famille l’Homme n’est rien nous dit on. C’est également ce qu’apprendra le personnage de Dennis Quaid, dont l’entêtement a fait voler en éclat son couple. Il n’a pas la foi mais devant l’évidence et grâce au chant du M16, il se repentira et reviendra sur ses erreurs avant de mourir, libérant ainsi son fils qui luttait seul pour recréer une cellule familiale, alors qu’il était rejeté de tous. C’est le benêt du film alors, bien sûr, il survivra. Et la mère du messie ? Lorsque le film débute, elle aussi est perdue, elle refuse son rôle de mère et pire que tout, elle fume ! C’est parce qu’une fois encore sa famille a volé en éclat le jour où son père a quitté le foyer… Mais Michel sait parler aux femmes et elle qui vivait dans la négation (« Je ne suis rien, juste une serveuse, je n’ai même pas de voiture (sic) ») va finir par s’accepter. Elle va apprendre à devenir mère et comprendra que fumer c’est mal et que l’avortement serait le pire des pêchés, car même si ta situation c’est de la merde, qui es tu pour te mesurer aux desseins du Tout Puissant ?! Même une gourde qui n’a pas son permis peut enfanter, et ça, c’est sacré. Le père, lui, n’existe pas, c’est un mystère, alors s’est elle faite engrosser par l’Esprit Saint. les auteurs du film restent discret sur cette histoire, dommage on aurait aimé voir la scène… Bref, lorsque le spectateur se rend compte qu’on est le jour de Noël, elle dépote son messie en moins de deux minutes, sans douleur et avec le sourire du devoir accompli. Elle est prête à aller retrouver les prophètes de chaque religion qui l’attendent pour reconstruire un nouveau monde dévasté. Le film ne s’attarde bien sûr pas sur la vulgaire populace… Manque de moyens ? Oui sûrement, mais surtout parce que le film n’a que faire du ramassis de clochards dégénérés que l’on aperçoit au début du film. Le flic facho qui souhaitait que toute cette saloperie disparaisse aura, in fine, été entendu. Amen.
Reste le personnage qui s’est déchu pour l’amour de l’Humanité (en fait y’a un twist foireux et un Deus Ex Machina qui porte bien son nom mais je vous en fais grâce) : Michel l’archange. Bien qu’ayant grandi avec une foultidude de nanards yankees voulus et créés pour et par des hordes de cul bénis, j’avoue ma profonde inculture sur les différents anecdotes que ressassent les quelques grandes superstitions qui dirigent le monde. Alors pour creuser un peu le sujet, j’ai fait un tour sur la page wiki de Mike. Et là je suis tombé des nues, si j’ose dire. Le gars est un gros poisson, pas une petite sardine à mettre en boite, non, c’est carrément une huile dans l’Evangile. On apprend qu’il est « le chef de la milice angélique », avouez que ça pète. Le reste est ubuesque, on y lit qu’il est également « Archange du premier rayon », une véritable tête de gondole quoi. « Chef des forces du ciel », « chef des armées célestes » sont encore des titres dont on affuble Michel. En fait la Bible a du être écrite à son époque par une sorte de Roland Emmerich local, on y retrouve les mêmes obsessions… La conclusion de la page wiki finit de verser dans l’absurde le plus total, il est carrément de tous les coups : Jeanne d’Arc, il était là, David et Goliath, c’est lui qui a pistonné le petit frondeur, la main retenue d’Abraham, c’est encore lui ! Sarah Connor ? C’est lui aussi ! Mais surtout c’est Michel qui a remporté le plus grand main event jamais organisé : la lutte contre Satan. D’après l’Eglise, Michel est le « Champion du bien », sorte de ceinture toutes catégories ultime !
Alors même si ce film prend parfois la forme d’une série B potache dont on peut se délecter au second degré, toutes les intentions contenues là dedans véhiculent une morale de merde. Même si bien sûr de ce côté ci de l’Atlantique personne ne croira à cette histoire, au premier degré… L’accumulation des valeurs portées, fait l’écho des hantises immondes des groupes politiques les plus réactionnaires. Du vrai cinéma d’extrême droite quoi.

dimanche 25 avril 2010

LA HORDE


En France, depuis quelques années, une armée de trentenaires dont l’enfance épongea la contre culture américaine s’échine à produire des films d’horreur. Alors qu’aujourd’hui cette culture est devenue dominante, les réalisateurs de cette nouvelle vague se plaignent un peu partout d’ostracisme, ils fustigent l’attitude des distributeurs, condamnent la censure du système et maudissent l’indifférence du public… Jusqu’ici, peu de ces films avaient bénéficié d’une aussi grande attente et d’une promotion aussi large que La Horde, produite et réalisée par la première ligne de défense de cet autre cinéma français.(1)

Avant de devenir le commentateur thuriféraire du bis hexagonal, Yannick Dahan était un vrai critique, passionné et sympathique. Sa gouaille fleurie officia d’abord par écrit (dans le regretté Mad Movies, puis dans les magazines Positif et DVD Vision) puis par la suite sur le câble dans sa mythique émission Opération Frisson. Durant des années, son accent toulousain a fustigé avec pertinence et bonne humeur le cynisme des costards cravates qui vendent les films comme de vulgaires bidons de lessive, tout en questionnant les thématiques qui nous interrogent sur la condition humaine en tirant la substantifique moelle de ces films funs, jouissifs et décomplexés qui émoustillent tant les outres bourrées à la bière que nous sommes ! Produit par son futur coréalisateur Benjamin Rocher, l’émission est devenue culte pour sa défense d’un certain cinéma jadis marginalisé qui se voit aujourd’hui reconsidéré comme un genre adulte et intelligent.
Bien évidemment le copinage fait qu’après avoir éreinté sans pitié 300 ou le dernier Roland Emmerich dans de bondissantes et joyeuses chroniques, il a eu plutôt tendance à se tortiller lorsqu’il dut évoquer les films de ses potes, tentant par exemple de justifier maladroitement la sincérité apparente d’un projet certes bancal mais dont la substantifique moelle blablabla … d’un Frontière(S) dans lequel il avait fait de la figuration.
A force de voir passer leurs potes derrière la caméra, ça a du les démanger Dahan et Rocher. Ils ont du se dire qu’ils pouvaient faire pareil, ils avaient une boîte de prod et suffisamment de contacts pour tenter le coup. Et quoi ? Franchement faire moins con que Frontière(S), moins Z qu’A l’intérieur, moins prétentieux que Vinyan ou moins ridicule que Martyrs, ça pouvait sembler jouable… Malheureusement, après avoir vu leur Horde, on se demande si le seul exploit réalisé par Dahan et Rocher n’a pas été d’initier dans l’esprit du spectateur une réévaluation à la hausse de ces navets. En tous cas, c’est indubitablement une pelletée de plus pour le trou où s’enterre année après année le cinéma d’horreur français.

Des flics un peu ripoux veulent buter des dealers retranchés dans la tour à moitié abandonnée d’une cité pourrie. Alors que la situation dégénère et que les idées manquent, les zombies envahissent le décor. Arrivés sur le toit, les deux groupes antagonistes constatent que l’invasion est générale. Ils n’ont, bien sûr, que le choix de s’unir pour redescendre dans la rue, là où sont tous les zombies, alors que les balles manquent.
On peut deviner la finalité de l’ensemble. Il s’agirait de réutiliser la mythologie du film de zombies en l’adaptant à la réalité des banlieues françaises, comme Romero qui, dans ses premiers films, nous parlait de l’Amérique profonde. Placé dans un tel contexte, les factions rivales qui transforment la cité en terrain de guerre auraient à faire face à une horde de zombies, métaphore monstrueuse de la déstructuration totale de la société. Convoquer les codes du cinéma de genre américain pour les mixer avec les particularismes français en confrontant une topographie très américaine à des personnages encrés dans la réalité franchouillarde. Le récit débouchant sur une issue radicale et désespérée, le constat des réalisateurs calquerait alors celui du cinéma contestataire américain dans son profond nihilisme.
Le problème, c’est qu’ils ont beau se raconter le film qu’ils aimeraient faire, tout dans La Horde reste au niveau du brouillon. Et si au moins quelque part les réalisateurs ont fait preuve d’une bonne intuition, c’est dans le choix du casting : Eriq Ebouaney, le Lumumba de Raoul Peck, ainsi que Claude Perron, une habituée des films de Dupontel). Mais aussi l’incroyable Jo Prestia, le Ténia d’Irréversible, le vieux Yves Pignot, ici cabotinant pour rien et Aurélien Recoing au physique très puissant, mais malheureusement très vite dégagé du film.

Il n’est pourtant pas question ici de les blâmer parce qu’ils jouent tous comme des cochons. S’il ne fait nul doute qu’ils connaissent leurs gammes, les pauvres sont à la merci, non seulement de la partition effroyable qu’on leur fait jouer, mais surtout d’une absence totale d’orchestration. Abandonnés, ils font ce qu’ils peuvent pour se dépêtrer de personnages creux aux enjeux confus, ne pouvant que suivre un script indigent aux pistes narratives éventées.
Aucune chance n’est laissée à ces personnages aux destins sans intérêt et dont on se contrefout, toute identification étant sabrée par une radicalité de façade et par les choix hasardeux d’une réalisation semblant mettre flics et dealers dans le même panier, sans qu’aucun propos ne vienne justifier cette confrontation. Ils sont juste là, lâchés pendant une heure et demie, seuls avec le spectateur. Le film n’a rien à dire et pas grand-chose à montrer, jusqu’au générique final où un titre de hip hop chanté par Doudou Masta (qui interprète l’un des dealers) finit par mettre le spectateur de leur côté par un clin d’œil forcé (inconscient ?), créant l’impression d’avoir assisté à un spectacle irresponsable, bien loin de l’irresponsabilité ludique et assumée des meilleures émanations du crew Kourtrajmé.
Aussi nul que soit le film, rien n’est plus dérangeant que le sous texte très premier degré dont ne savent que faire les réalisateurs et qui nous fait plonger dans une perception consternante de la banlieue. Avec son concierge raciste, ses Noirs dealers, ses toxicos et ses flics ripoux, la vision qui se voudrait cauchemardesque de la société tape dans le vide faute de point de vue et le souci du regard social au travers d’une attitude badass donne finalement corps aux fantasmes beaufs et démagos d’un Charles Villeneuve, renvoyant les clichés racistes des productions de Luc Besson au rang de joyeuses pantalonnades.

Et si au moins c’était efficace dans la connerie… Mais ici tout transpire l’immaturité la plus totale. La gestion de l’espace et du temps sont calamiteuses et les scènes d’action sont confuses et illisibles. Et si les réalisateurs évoquent Peckinpah en interview, espérons juste que ce n’est pas parce qu’ils se sont fait plaisir en étirant jusqu’à l’absurde la durée des fusillades ! N’importe quel comateux engourdi par la lassitude profonde que lui inflige cette merde, mais maintenu éveillé par la bande son tonitruante, pourrait faire la différence !

Au fur et à mesure que les protagonistes descendent les étages, la réalisation est de plus en plus bâclée. Alors comme la première scène ressemble déjà à une scène coupée d’un épisode des Cordiers Juge et flic, vous ne pouvez pas imaginer la consternation qui figea la salle de cinéma au moment du climax désopilant du film. Une scène tellement autre qu’on imagine que La Horde aurait eu sa place entre Atomic College et Surf Nazis Must Die si elle ne s’était pas autant prise au sérieux ! Si l’on a très peu vu les zombies dans le film, c’est parce qu’ils se regroupent en masse pour nous offrir ce moment intense où s’alternent l’atterrement, la honte et au final le soulagement, celui de ne pas compter les auteurs de cette farce gonzo comme membres de sa famille.
Les notes d’intentions sont d’une telle évidence qu’on devine, vignette après vignette, comment on pu naitre ces idées pondues au gré des joints qui se roulent. On imagine sans peine l’idée de potes trouvée un soir de beuverie : « Putain les gars, imaginez un flic badass armé d’un flingue et d’une machette sur le toit d’une caisse avec des centaines de zombies autour ! » « Ah ouaiiiis, répond Dahan qui finit sa bière, comme si Frazetta buvait un coup avec Romero ?! » Ainsi a du naitre la grande idée du film, LA scène iconique qui finira sur l’affiche et dans tous les teasers !
Pour cette horde, ils ont recrutés 300 fans sur internet. L’idée n’est pas mauvaise, ça fait déjà 300 personnes qui iront voir le film avec un fort a priori positif, et ils emmèneront probablement leurs potes et leur famille, c’est toujours ça de gagné. On passera sur la crédibilité de la démarche, parce que pour incarner la population d’une banlieue laissée à l’abandon, filmer 300 geeks qui ont tous des gueules à tourner sous linux, c’est déjà bien con mais si en plus on oublie de les maquiller et que les plans sont assez longs pour qu’on grille les trois connards qui rigolent et celui qui comprend rien et qui fait le zombie à contretemps, le bouquet final est digne d’un crash à la Challenger, mais en moins spectaculaire.
Pour couronner le tout, les deux réalisateurs semblent si fascinés par leur séquence qu’ils ont visiblement tenté tous les mouvements de caméras et tous les plans possibles… A l’écran c’est tellement bien ficelé qu’on a juste l’impression de voir les rushs montés bout à bout. Surréaliste.
En fait tout ça est à l’image de la naïveté touchante des caméos des deux lascars : Rocher intervient sous la forme d’une tête tranchée, notons qu’il est assez juste dans son interprétation. Plus en tous cas que Yannick Dahan, toujours plus extraverti et visiblement tout content d’incarner le dernier zombie dans une scène de fusillade où durant de longues minutes des figurants hilares sont passés à la sulfateuse sans pour autant que les cadavres ne s’accumulent. Tant qu’on se fait du bien personne ne s’occupe de savoir si ce moment purement potache ne serait pas en contradiction totale avec le tragique appuyé du dénouement.

Alors on a cherché ce qu’il pouvait bien y avoir de badass dans La Horde. On ne l’aura finalement su qu’une bonne semaine après sa sortie : le seul truc de badass dans La Horde ? C’est la violence avec laquelle elle s’est plantée au box office. Bénéficiant pourtant d’une large promotion, le film est retiré tout penaud des salles en 10 jours. Non seulement le film bande mou, mais en plus il aura été sacrément rapide à venir…
Deux millions d’euros pour un résultat navrant d’amateurisme, et pendant ce temps là, dans le documentaire Viande d’origine française, les réalisateurs de cette nouvelle vague horrifique française se demandent si ce cinéma à sa place en France. Ils devraient plutôt s’interroger sur ce qu’ils ont à proposer avant d’exhorter le public à se mobiliser pour voir en salles des purges onanistes de fanboys ou des expérimentations prétentieuses et essoufflées. Ils se vautrent dans une transgression dépassée depuis 20 ans qui leur sert d’alibi pour hurler à la censure en vulgaire cache misère d’une absence abyssale de propos et de talent.


(1)On les retrouve tous réunis sur le documentaire Viande d’Origine française produit par les frères Rocher, réalisateur et producteur de La Horde : Xavier Frontières Gens, Fabrice Vinyan du Weltz, Julien Maury & Alexandre Bustillo d’A l’intérieur, Maulon et Thevenin pour Humains, David Mutants Morley, Pascal Martyrs Laugier et bien sûr Dahan et Rocher…

mercredi 31 mars 2010

AVATAR


Douze ans après son catastrophiste clafoutis naval, James Cameron revient avec le révolutionnaire© Avatar, immédiatement célébré par une presse trépignante le qualifiant de titanesque. L’épithète est d’une originalité misérable, et c’est bien cette misère intellectuelle crasse qui représente le mieux ce film torché comme on s’essuie après un coït trop rapide. Je vous le dit de suite, Avatar, si ce n’est pas le cinéma de demain, n’en représente pas moins le parfait reflet de l’hypocrisie et du cynisme de notre époque, dispendieuse et vulgaire.
La prophétie est en marche et aujourd’hui le film est un succès monstrueux. Face aux hordes hallucinées qui bouchonnent encore les travées des cinémas du monde entier, la bave aux lèvres et le collyre en poche, le spectateur déçu se sent dubitatif, il s’interroge, quelque peu soupçonneux. Mais qui diantre est-il, cet homme de peu de foi, pour oser douter de la sorte ? Ce mécréant n’est-il qu’un paraplégique du cerveau n’ayant pas su fouler le chemin de la félicité suprême ? Comment peut-il être sourd aux suppliques humanistes d’un film produit par la Fox ? Est-il aveugle, borgne (ou daltonien) qu’il ne fut transporté par la projection en relief ? Cet infidèle, comme tous les chiens de sa race, n’a-t-il donc point de cœur ? Est-il à ce point bouché qu’il aurait perdu son âme d’enfant dans les tréfonds d’un cœur trop aride que les sédiments de l’âge enfouissent un peu plus chaque année ? Vous savez cette grâce qui vous permettait de voir dans les rues des villes à la Noël une féérie magique attisée par mille lucioles bariolées dansant dans une insouciante légèreté délicatement ponctuée par la chute aléatoire de quelqu’aimables flocons blancs… Las, le peine à jouir abandonné par cet infantile hébètement hallucinatoire ne voit plus qu’un triste spectacle : trois pauvres guirlandes clignotantes accrochées par des ouvriers fatigués dans une avenue trop bruyante dégueulant une sombre bouillasse infâme de neige acide alourdie par les gaz d’échappement…
Bref, c’est durant ce rude hiver 2009, un peu avant la Noël donc, que Cameron a convoqué ses ouailles. Suivez moi, et vous verrez la Lumière nous a-t-il dit… Bon avant d’aller plus loin je note quand même que la Lumière c’est 12 euros, peut être un détail pour les Purs qui font le pèlerinage vers le seul Lieu Saint que nous ayons ici bas en France : Le temple de l’Imax du Disney Village. La Lumière est là bas au bout du chemin, la révélation est au fond de la ligne D du RER… Cette Lumière c’est Avatar, un récit de science fiction au service d’une expérience visuelle époustouflante qui décuplera vos sentiments et votre empathie. Le cinéma total est arrivé. C’est la forme qui culbute le fond dans un accouplement improbable du Jour du seigneur et du porno gonzo. Le pauvre type tout gris du début deviendra un héros plein de couleur. Il était paralysé, Avatar lui a redonné des jambes. Lève-toi et marche, lui a dit Cameron. Le temps du cinéma à papa est fini, balayé, consumé par ces nouveaux démiurges. Voila où, grossièrement, la prose des marchands du temple, ces vulgaires vendeurs de papier se battant comme des chiffonniers à coups de scoops frelatés et de slogans panégyriques, voudrait bien nous voir. Un véritable catéchisme inique déblatéré en une logorrhée de chiffres et de résultats en dollars galvanisant les fans dans leur foi de Templiers. Nauséeux. Et absurde comme l’engouement moutonnier d’une foule toujours prompte à aller là où on lui dit d’aller. Médiocrité crasse d’un spectacle vautré sur prêt de trois heures à la finalité écœurante et à la roublardise malsaine et désespérante.
On va aller vite sur le joli bras d’honneur que représente l’histoire. Jake, un humain à roulettes va participer sur Pandora à un programme scientifique visant à le propulser dans un autre corps sous la férule d’une scientifique aigrie mais passionnée. Le problème c’est que des militaires sous les ordres de Quaritch sont là pour aider Selfridge, le représentant d’un conglomérat d’actionnaires, à piller les ressources de la planète. D’abord résigné, le héros va vite reprendre goût à la vie grâce à ses nouvelles jambes et surtout grâce à la gironde fille du chef des autochtones qui, bien que promise au chef des guerriers, n’a d’yeux que pour cet étranger. Après avoir été accusé de traitrise par les deux parties, Jake deviendra l’Elu, choisira la jolie meuf plutôt que le fauteuil roulant, et remportera la victoire. Si tout ceci vous rappelle Call Me Joe, Frank Herbert, Matrix, Gorille dans la Brume, Pocahontas, Danse avec les loups, Le dernier samouraï, Pathfinder et un paquet d’autres trucs, dites vous que c’est normal, Cameron n’a jamais été très doué pour inventer des histoires. On dit même qu’il a une propension maladive à chouraver les idées ou les concepts des autres… Terminator a ainsi gagné un scénariste de plus à ses crédits (Harlan Ellison), évitant un procès pour plagiat. Mais après tout, on est en droit de penser qu’un bon plagiat c’est toujours mieux qu’une bonne idée mal exploitée. Voici donc la chronique d’une arnaque méticuleuse. On nous avait promis un monde créé de toutes pièces et notre ticket de cinéma devait nous servir de passeport pour une virée exotique sans précédent ! Pensez donc, la faune et la flore ont été développées par les plus grands scientifiques de notre époque, leur vision a été couchée sur le papier par les plus grands artistes actuels et ce sont les plus grands magiciens de l’informatique d’aujourd’hui qui ont fait vivre tout cela. Des livres ont même été publiés sur leur travail annoncé comme remarquable… Tout ça, ces notes d’intentions ainsi que les discours formatés de la production, ce n’est rien de plus que du baratin aussi crédible que des promesses étalées sur un flyer de marabout…

On nous vante inlassablement Cameron comme un homme de science, érudit et passionné. Dans son garage je n’en doute pas. Mais à l’écran, force est de constater que le programme avatar et ses aspects techniques sont dégagés en moins de dix minutes. La découverte d’un nouveau corps sur-humain en opposition à l’infirmité physique subie par Jake sera au centre d’une seule scène et rideau. Le fait est acquis, on peut alors passer à autre chose. Un petit peu comme on oubliera la bonne dizaine d’autres avatars aperçus à ce moment là et qui disparaissent purement et simplement du récit. Vivre dans deux corps à la fois, voila pourtant une bien étrange affaire. Ce thème fort actuel brassant virtualité et réalité est ainsi brossé d’une unique phrase, où l’on comprend que Jake néglige son hygiène et sa vie d’humain. Le contraste est tellement appuyé que le spectateur n’a aucune raison de se poser plus de questions.
Tout ce qui pourrait créer un sens est soigneusement, méticuleusement et systématiquement contourné. Le minerai précieux pourrait être à la base d’une question terrible pour le personnage principal. Choisir le camp des indiens revient à condamner sa planète à l’extinction, voila un sacré dilemme. Laisser mourir le monde qui l’a rejeté pour en choisir un autre, pour lequel il va devoir se battre pour être accepté. L’épopée d’une revanche personnelle contre toute l’humanité, voila qui aurait eu un peu de panache. Hélas à la place de la terrible vengeance on se tripote les nattes et le minerai n’est qu’un prétexte. Il n’est important que pour des actionnaires. Formulant un aveu étonnant en parlant de l’unobtainium comme d’un symbole, Cameron nous dévoile que ce qui l’intéresse ne va pas au-delà de la simple caricature. Celle des méchants banquiers et des gentils indiens. Il a voulu que le propos de son film soit évident, il est fléché comme des chiottes d’un UGC de province. Là où l’on nous promettait sautés, fumés, croquants et fondants on se retrouve avec un truc surgelé mal dégelé, tiède, plein de flotte. Là se trouve une bonne partie de la malhonnêteté du discours de Cameron, qu’on retrouve dans la bouche de Quaritch, le méchant colonel : « vous allez voir ce que vous allez voir, c’est une planète super dangereuse, vous allez tous mourir ». Jamais pourtant on ne sentira ce danger annoncé, et ce jusqu’au dénouement.
Pandora donc, une jungle en plastique dont l’exotisme extra terrestre s’incarne essentiellement dans la présence de plantes aquatiques fluos au milieu de fougères à la con. On remarquera bien la hardiesse d’une tentative pour nous faire rêver avec ces merveilleuses montagnes flottantes, c’est bien, mais c’est juste dommage que l’image soit si peu originale. Le bestiaire foisonne d’une pauvre dizaine de bestioles qu’on verra épisodiquement, au gré des besoins du scénario. Elles sont définitivement toutes plus ridicules les unes que les autres, et foin de protestation, vous les atrabilaires défenseurs de cette merde dispendieuse, votre amour pour Avatar ne prouve que votre manque flagrant d’imagination. Un trou béant que toute la mauvaise foi que je ne pourrai jamais réunir ne saurait combler. Alors merde quoi ! C’est pas décent de trouver ça beau et si vous vous contentez de loups dont la férocité tient à de grandes dents sans babines ainsi qu’à de petits yeux luisants de méchanceté, c’est dramatique… Si pour vous un rhinocéros à tête de requin marteau, des chevaux, des dragons et un singe conçus en dépit de toute crédibilité biologique et de tout sens artistique vous suffisent, c’est effarant ! Alors c’est sûr qu’on peut se gausser, trouvant ridicule d’observer ces animaux juste créés pour faire rêver d’un œil trop terre à terre. Mais si ces horreurs me sautent aux yeux, c’est surtout à cause du décalage avec le soin évident donné au réalisme de l’environnement humain. Je pense à ces vaisseaux plutôt bien dessinés où l’on a pris soin de placer des détails pertinents comme les caches poussières devant leurs réacteurs. Même si tout ça reste sans grande surprise c’est cohérent et efficace, là où le traitement de Pandora est bâclé et sans idée. Alors devant un tel désastre les moins jeunes d’entre nous devraient regretter avec une pointe de nostalgie amère le temps où travaillaient des gens comme Syd Mead ou Ron Cobb. On a aujourd’hui de talentueux infographistes, dotés de machines puissantes, mais dénués de vision globale. Des films moches (Emmerich, Snyder) qui s’empilent les uns après les autres. Voila la morne réalité de notre époque.
Les Na’vi. Ou Naa’vi ou Na’vy je sais déjà plus… Et Moat, le Tourouque Makto, Tsutey, Neytiri, Ikran, Eywa… C’est pas parce qu’on est consterné par une telle inventivité lexicale d’analphabète qu’on ne peut pour autant détourner les yeux du ridicule achevé de l’ensemble. Na’vi, tu vois, c’est un peu comme Natives, mais avec une apostrophe au milieu, pour faire extra terrestre… Et ils nous racontent sérieusement que des linguistes se sont penchés sur le langage de ces xénomorphes proposant ainsi une sorte de caution scientifique tout juste bonne à remplir 30 secondes de featurette promo. Vous savez ces petits modules balancés sur le net et à la télé, parfaits pour attirer le gogo et exciter le fan cherchant à tout prix à revivre l’orgasme du premier Star Wars, flatté et émoustillé de croire que pour lui un monde complet à été créé et réfléchi. Dans sa quête, il est aussi pathétique qu’un toxico bavant de convoitise à l’idée de revivre son premier shoot, prêt à remplacer son propre dealer pour se promettre lui-même l’extase. Les épluchures de navet ne trompant pas les porcs, il faut croire que ces animaux ont plus de sens critique que n’importe quel adorateur du King of the World fantasmant devant ces copaux de making of qu’on lui jette en pâture. Tout cela sert surtout à vendre des bouquins remplis de conneries inutiles et de photos moches dont le premier degré discourant des branchies des chevaux apparait comme surréaliste à la vue des énormités d’un récit torché aussi prestement qu’un pet foireux malencontreusement lâché lors d’un diner en ville. On pourra toujours dire ce que l’on veut de Lucas, mais ses marchands du temple proposaient quand même autre chose qu’un PDF minable avec un dictionnaire de 30 mots Navis visiblement improvisés par des stagiaires lors d’une partie de scrabble censé nous faire croire qu’une langue complète a été créée. Cameron a su capitaliser sur ce travail. Le spectateur consterné constatera donc constamment que tout le film durant les Na’wi parlent anglais avec l’accent de Brooklyn ! Ces mêmes dépliants publicitaires nous expliquent que c’est à cause de la faible gravité de la planète que ces machins bleus ont atteints la taille de 4 mètres. Pourquoi pas, il faudra juste m’expliquer pourquoi pour les humains tout semble normal, jouant au basket et se déplaçant tout à fait classiquement. Il y a un tel désir d’entourlouper le chaland avec un discours de bonimenteur de foire que j’avais peur de me faire piquer mon larfeuil pendant les longues heures de projection.
Mais passons donc ces considérations aigries d’enculeur de mouches pour revenir sur l’essentiel. Les Nah’vis, un peuple ombrageux de fiers guerriers. Dix ans de développement pour déboucher sur des humanoïdes de quatre mètres avec une queue de chat et une gueule de panthère pour faire illusion. La queue ne sert qu’à faire joli, on se demande quelle utilité elle peut avoir pour un bipède, et l’aspect panthère ne sert qu’a les rendre plus sexy, tout en conservant une figure suffisamment humaine pour que le film reste grand public. Sur ce point précis même le frileux Tim Burton avait eu plus de courage avec sa Planète des singes. Le choix de la couleur repose également sur une logique imparable : Les couleurs du jaune au rouge sont trop humaines, en vert on les aurait confondu avec la forêt, le bleu était donc l’idée du siècle ! Voulant créer un monde original, Cameron nous dit sérieusement qu’il a décidé de prendre « le contrepoint des petits hommes verts en proposant une grande femme bleue ».
On se retrouve donc avec ces machins vivant dans une autre galaxie mais s’habillant chez Artisans du Monde, un peu masaï pour le côté proche de la terre, un peu apache pour le côté badass et surtout tous gaulés selon les standards de la mode actuelle… Une race plus que pure, une race élégante. Un fantasme bobo de merde rendant d’un coup presque subtil le final « africanophile » de 2012. Cameron, plutôt malin, a peaufiné tout ça pendant dix ans. Il a donc eu le temps de développer une idée révolutionnaire : cette tribu vit en harmonie avec la nature ! Et le film de verser dans le fantasme occidental des peuples primitifs qui, n’étant pas souillés par la technologie développée par des types comme Cameron, sont restés innocents. Purs comme s’ils n’étaient jamais tombé du Jardin d’Eden, les bons sauvages Na’vvis sont notre double immaculé. Ce qui est naturel est bon, point barre. Subtil comme une pub pour un 4X4 diesel.
Et c’est sans surprise qu’on constate une fois de plus que ce qui pourrait rendre ces personnages crédibles, donc attachants, est évacué comme une punkette bourrée hors d’une soirée parisienne. Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Ce n’est clairement pas le propos. Leurs lieux de culte (mais quel trou de balle a trouvé un concept aussi crétin que L’arbre aux âmes ?), l’existence d’autres tribus, tout ça n’est même pas survolé, juste évoqué. Et pour éviter que le spectateur ne s’intéresse à ce qui pourrait rendre le film intéressant on va l’occuper avec des attrapes-couillons, des gadgets numériques, des hochets en relief. Houuu regarde je vole, houuu regarde je fais du cheval ! Et au bout du compte on te balance en pleine face un bon gros délire mystique bien suranné. Plus c’est gros, plus ça passe. Plus c’est grossier, plus les spectateurs du monde entier se sentiront flattés d’être face à un spectacle dont ils maîtriseront les tenants et aboutissants. Plus c’est con, plus les légions de fans retrousseront leurs manches pour se l’astiquer. La seule et unique caractérisation de cette peuplade, c’est donc leur foi dans la nature s’incarnant dans des ballets new-age au son d’une musique tribale cheapos.
Et tout gravite autour : leur vie, leur peuple, Jake, les humains et le scénario. La morale est si limpide qu’elle en est gênante. A tel point que les plus éclairés des zélotes d’Avatar préféreront regarder ailleurs ! Les Na’vih sont tellement spirituels qu’ils ne peuvent être vaincus. C’est le panthéisme extra-terrestre face à la cupidité humaine, mais c’est surtout la puissance de Dieu face à l’Homme. Drapé dans une vision rousseauiste minable, glorifiant le bon sauvage face à la technologie, la foi face à la cupidité, Cameron nous pond un final phénoménal à la Shyamalan. Mais toujours timoré, il ne va pas aller jusqu’au bout de son propos, privant le spectateur du spectacle réjouissant de marines se battant contre TOUTE la planète (fougères, herbes, insectes et autres animaux compris). L’épique frilosité du Roi du Monde et son étroitesse de cœur nous offrent juste un gros bestiau venant se faire adouber par l’héroïne dans une scène burlesque, hommage que l’on devine involontaire à la scène du tigre de 10000 BC. Cameron célèbre la spiritualité vécue cul nu dans la forêt face au développement technologique forcément destructeur. Pour lui, en même temps que les humains perdent le contact avec la nature, ils perdent la foi et le sens du sacré. Pas tout à fait sûr qu’un affrontement théorique entre ces deux valeurs soit assez clair pour les spectateurs qui viendront tremper leurs truffes dans son auge, Cameron pousse son pion un cran plus loin en faisant de la croyance des indigènes une réalité découverte par la bienveillance du docteur Grace. Oui, la planète a une conscience et oui, chaque être vivant dépend de cette dernière. Vous aviez la foi, nous vous apportons la preuve que Dieu existe. Les pontes de la Fox ont du être content du petit cadeau et les siphonnés qui se foutent à genoux à n’importe quelle occasion pour fustiger la décadence de la modernité ont trouvé leur prophète. Il a décidément une belle gueule le cinéma du XXIème siècle, versé dans l’obscurantisme débile et le primitivisme racoleur.
A l’instar de ce chatoyant univers bien neuneu, la mise en scène de Cameron soulève bravos et vivats. Et même si à propos du scénario les plus illuminés du clergé cameronien avouent à demi-mot son indigence ils préfèrent tous axer leur analyse sur le spectacle, consentant à reconnaître la linéarité basique et souvent maladroite du script. Je pense que personne n’a rien contre le rabâchage d’une histoire universelle, si tant est que l’on ait quelque chose à en dire, ou qu’on s’appelle Terence Malick. Mais ici le script se borne à un canevas éculé, sa codification extrême devrait par sa simplicité dynamiser le rythme du film qui pourtant demeure singulièrement poussif et elliptique ! De plus, sachant qu’Avatar rentrera dans ses frais en séduisant un large public qui d’habitude ne va pas au cinéma plutôt qu’en misant uniquement sur les amateurs de SF, il se sent obligé de souligner tout ce qu’il fait en appuyant ce qui était déjà évident. Pour être sûr que personne ne loupe rien le récit utilise carrément deux voix offs. La première commente de manière redondante l’histoire, la seconde au travers des vidéos que tourne Jake nous bourrine les états d’âme du personnage à chaque moment clé.
Penser que le banquier vénézuélien, l’ouvrier chinois ou la mère de famille française ont besoin d’une telle artillerie pour appréhender son univers me fait penser que Cameron a une bien haute opinion de ce qu’il écrit, et une bien faible de son public. A ce titre, l’introduction du film est édifiante. A peine arrivé sur Pandora la caméra va d’un personnage à l’autre, chacun se retrouvant affublé d’un trait unique de caractère en deux lignes de dialogue. Le personnage de Grace Augustin est emblématique de cette pantalonnade. Elle sort de son caisson et réclame un clope avec supériorité. Grossièrement présentée comme autoritaire, un personnage secondaire déboule pour nous confirmer qu’elle aime les plantes plus que ses semblables. Grace est une misanthrope qui excelle dans son travail, la caricature est dressée en une dizaine de secondes. Les 15 suivantes seront consacrées à sa relation avec Jake qu’elle commence par humilier avant que ce dernier ne lui tienne tête avec morgue. Les deux caractères et l’évidence de leur relation future sont scellés en une minute. Elle traverse ensuite la base pour que nous puissions avoir une idée du décor (quelques secondes de plus) et retrouve le grand patron pour râler. En réponse aux deux lignes de dialogue de Grace, celui-ci lui résume toute la situation (Avatar la prequelle en 20 secondes) puis l’emmène dans son bureau lui montrer l’élément central du film : l’unobtainium, répétant pour les deux ou trois dans le fond qui seraient encore en train de jouer avec leurs lunettes que ses profits sont menacés par les sauvages. Deux minutes pour tout ficeler et planter tous les enjeux. Une chercheuse sévère mais juste, trait propre à tous les génies, préférant ce qu’elle étudie à ses semblables et son patron borné et désinvolte, ne s’intéressant qu’à ses gains financiers. La scène suivante c’est Jake et son premier transfert. Difficile de faire plus expéditif.
Et pitoyablement, tout est à l’avenant. L’écriture du personnage du pote humain du héros est insipide, tout comme l’est celle du chef des guerriers, parfait dans son rôle de faire valoir transparent jusqu’à sa mort, évidemment héroïque. Il a, comme d’habitude et de film en film, l’élégance de laisser sa place à l’Homme Blanc. Et le colonel affublé d’une outrancière cicatrice ? Guindé dans son paternalisme et son autoritarisme guerrier, il est bien sûr bad-ass et fort en gueule, la punch line prémâchée au bout des lèvres. Les bouseux qui trouvent tout ça admirable ne méritent pas d’avoir des yeux, qu’ils se laissent pousser des nattes car ils sont juste bons à se rouler dans les pissenlits ! Et il n’y a pas que l’exposition qui glisse comme une motte de beurre dans un film de Bertolucci, le reste ne présente aucune aspérité, aucune ambiguïté. Tout ce qui nous est présenté a une fonction et n’existe que pour cela. Chaque animal aura son utilité lors du dénouement, le truc féroce reviendra tuer les méchants, le gros herbivore dont on apprend de suite que sa carapace est trop épaisse pour les balles des GI’s servira lors de la charge finale, Trudy Chacon, le personnage joué par Michelle Rodriguez (et son cocasse "Je n’ai pas signé pour ça" qui ne sert qu’à justifier son revirement) permettra au héros de s’échapper de sa prison, c’est tout. Elle reviendra juste se faire crever, son personnage étant sauvé de l’indifférence générale que par le ridicule achevé de ses peintures de guerre.
Des personnages en carton pâte gesticulant dans une intrigue éculée… Comment diable vont-ils faire pour forcer l’empathie pour Jake et son destin téléguidé ? Et bien c’est tout simple, en ayant recours au kitsch le plus exubérant ! D’envolées lyriques inspirées des meilleures pubs Vanya pocket aux effets de manches éhontés (troupes galvanisées, discours démagogiques et guerriers à la Braveheart, mais on pense aussi à Vercingetorix peuples en pleurs…) rien ne nous est épargné, rien. A l’instar de l’exposition, la fameuse mère de toutes les batailles fait peine à voir. Un ballet aérien virtuose mais vain et un combat à terre riquiqui. Filmée comme une suite de morceaux de bravoure interchangeables, elle ne dégage aucune perspective militaire et aucune émotion. Ca voltige beaucoup mais pour pas grand-chose vu qu’on se contrefout royalement d’un final aussi attendu que naïf. Des Navis fades contre des silouhettes de GI’s… On ne compte même pas les points, on subit juste un triste spectacle tape l’œil et imbu de lui-même. Aussi roublard et mensonger qu’un Roland Emmerich nous promettant, il y a quelques mois, rien de moins que la fin du monde pour au final nous livrer un drame intimiste sur les fuites nocturnes d’une petite fille. Bref, tout ça débouche sur une fin consternante et résolvant à la va vite une intrigue minimaliste. Ultime os à ronger pour assurer une pérennité universitaire au film, ce bouzin aussi excitant qu’un grand verre de coca quand on rêve de whisky se conclue sur une réplique calibré pour le culte qui fera bander les exégètes zélé du barbu canadien : Je te vois…
Passons sur le relief, une technique ne servant qu’à immerger le spectateur dans le cadre à grands coups de lattes dans le cul. Pour raconter son histoire Cameron avait-il vraiment besoin qu’on ait l’impression d’avoir les pieds dans la boue ou que le cinéma soit rempli de lianes ? Pour saisir les astuces de l’intrigue, fallait-il vraiment qu’on perçoive avec une telle acuité la profondeur de champ du secrétariat de Selfridge ? Il faut croire que oui, car cette combine, c’est une chouette diversion. Tant qu’on parle de ça, on a quelque chose à dire du film et puis, pour l’industrie, c’est une carotte inespérée pour faire les poches des clients. En résumé un attrape-couillon de plus et pour ce qui est de la fameuse création numérique, il faut avouer que si les expressions des visages impressionnent, c’est loin d’être le cas lorsque les créatures évoluent de plain pied. Interaction minimale avec le décor, mouvements gauches et sans consistance… la révolution du nouveau monde de demain a les mêmes soucis que ceux du monde d’hier. Ce qui fait la différence tient plus dans le budget que dans le réel bond en avant ventilé par la publicité.
Au-delà de la facture extrêmement consensuelle, je reste consterné par ce que le film choisi d’éluder. En filigrane on peut apercevoir un autre film, moins caricatural, qui aurait pu expliquer que l’unobtainium est indispensable pour la survie de l’humanité. Par là même Selfridge aurait gagné en complexité, dépassant son rôle de petit branleur cynique, Quarritch incarnerait une menace moins manichéenne et surtout le dilemme de Jake serait au centre d’un enjeu un peu plus intense. Si le film peut être ponctué de moments d’émotion (forcée) très ponctuels, aucun souffle épique ne le parcourt. Quand je parle de souffle épique je parle d'autre chose que de voir des hordes de ptérodactyles tomber du ciel ou 12 indigènes hurler ensemble en levant leurs arcs... Je parle également d’autre chose que de la symbolique lourdingue qui parsème le film (les ressources et la guerre en Irak, le débarquement de Colomb, la guerre du Vietnam et son imagerie hélico-napalm) qui créé des métaphores creuses dont le récit n’a que faire mais qui contentera le fan voyant en Avatar rien de moins que le reflet de notre monde. Savoir en sus que son film adoré a été critiqué par les ultranationalistes américains (et quelques intégristes anticlopes) sera la preuve irrécusable de son bon goût et de la légitimité pacifiste de l’ensemble.
Tous les 3 ans un film révolutionne le cinéma, et à chaque fois on a le droit au même air de pipeau joué par les mass-médias à la botte des commerciaux californiens. Depuis Terminator 2 c’est devenu un marronnier. Lassant, surtout qu’au final la conclusion est toujours la même : un film ne peut reposer sur ses seuls effets spéciaux. Dans ce domaine, Cameron, c’est le meilleur et le pire. Visionnaire et courageux lorsqu’il réalise Terminator il est aussi le propre fossoyeur de ses ambitions lorsqu’il sort une suite aseptisée dont la substance du récit s’efface devant le spectaculaire. Aujourd’hui, après avoir transformé la SF en sous genre fétide du film de guerre (grâce au très reaganien et très belliciste Aliens), toujours opportuniste dans son époque, il nous exhibe la carte de la conscience écologiste et du discours humaniste. C’est proprement scabreux, une pirouette commerciale diégétique clashant de manière balourde la promotion du film, finissant de noyer le tout dans un cynisme odieux et désespérant. C’est le spectacle pitoyable de l’humanisme cameronien pataugeant dans un grand verre de Coca Cola et de sa conscience écologique imprimée sur des emballages de Big Mac, le tout dans le monde entier, qui m’offre la plus belle conclusion. Un beau résumé pour un film qui trouve sur ces supports sa place idéale. Venez piloter l’hélico de combat d’Avatar sur le site Coca Cola Zero ou vous faire une tronche de Naa’vi sur celui de McDo ! La réalité dépasse la fiction et l’ignominie capitaliste lorsqu’elle déploie ses ailes sur des milliards de dollars occulterait tous les pires méchants du cinéma. Selfridge n’est qu’un pantin en carton ondulé face à Ruppert Murdoch et Quarritch a beau éructer sous ses cicatrices, il est bien moins flippant que le King of the World.
Je ne peux même pas me consoler de la plume des mécontents, la plupart des critiques faussement courageuses mais toujours prêtes à se faire remarquer ne font pas illusion dès que pointant le paternalisme dégradant du film, ils regrettent la subtilité d’un Danse avec les loups… Pauvre de nous… Alors je vous emmerde, vous, les dévots illuminés qui voient en Avatar le futur, notre futur, car votre foi conditionne notre châtiment. Et vous qui vous extasiez, priez, pleurez, vous qui vous agenouillez ou qui retournez simplement voir le film, vous portez une lourde responsabilité devant l’Histoire. Vous êtes les victimes volontaires du gavage de l’industrie cinématographique, vous pensiez vous attabler aux côtés des plus grands alors que vous n’êtes que la dinde qu’on leur sert. Avatar est à votre image, sans tripe, mais fourrée de conneries.

Avatar & Coca Cola
Avatar & Mc Donalds
Avatar & Roger Dean
Avatar & obscurantisme rigolo

mercredi 3 mars 2010

KAMIKAZE #2 EN KIOSQUE !


Douze ans après son catastrophiste clafoutis naval, James Cameron revient avec le révolutionnaire© Avatar, immédiatement célébré par une presse trépignante le qualifiant de titanesque. L’épithète est d’une originalité misérable, et c’est bien cette misère intellectuelle crasse qui représente le mieux ce film torché comme on s’essuie après un coït trop rapide. Je vous le dit de suite, Avatar, si ce n’est pas le cinéma de demain, n’en représente pas moins le parfait reflet de l’hypocrisie et du cynisme de notre époque, dispendieuse et vulgaire...

La suite est à lire dans le magazine satirique KAMIKAZE, où, désormais, vous pourrez me retrouver chaque mois. C'est disponible dans tous les kiosques et c'est fabriqué entre autres par des gens comme Gä, Mo/Cdm, Thiriet, Barros, Faujour, Morbak et d'autres. Ce second numéro propose aussi quelques bonnes interviews (Iggy Pop, Jacky Berroyer, Arno, Christian Laborde, Denis Robert, Riad Sattouf...), quelques BDs et du journalisme d'investigation !
Que les pauvres, les radins et les esprits chagrins restent souples, vous retrouverez bien évidemment cette note sur ce blog, mais dans une version nettement plus longue, et à la fin du mois lorsque le numéro suivant du magazine sera publié.

Je vous laisse, j'ai deux trois mots à dire sur un film de zombies français particulièrement tarte, et qui ne sera pas resté longtemps à l'affiche...

mardi 13 octobre 2009

CYPRIEN


La comédie française déjà sinistrée par les velléités cinématographique d’une flopée de comiques foireux se devait d’accueillir un nouveau fossoyeur en la personne d’Arthur. Il n’a donc pas suffit au célèbre présentateur de bêtisiers de s’inventer une carrière dans le stand up grâce à ses brouzoufs accumulés via un succès populiste gagné aux dépends de la détresse intellectuelle d’un public essoré par une époque exténuante. Voilà maintenant qu’il se paye un fauteuil de producteur offrant un premier rôle à l’un des pires rejetons de sa génération : son ami Elie Semoun. En 20 ans ce dernier n’a aura eu qu’un seul talent, celui de croiser le chemin du regretté Dieudonné, depuis sa carrière solo s’est bornée à avoir torché des sketchs ringards, tourné des vidéos minables et inventé un univers vulgaire voulant imposer comme « décalé » ce qui n’est que bêtise crasse et insipide grossièreté. Déclarées cultes par les VRP cathodiques de la connerie humaine, les Petites Annonces sont entrées au Panthéon du comique français populaire, celui là même qui rendrait anarchiste n’importe quel nationaliste ayant du respect pour le sens de l’humour. Il était donc évident que l’idée d’une adaptation mercantile sur grand écran allait naitre dans le cerveau opportuniste d’Arthur, satisfaisant par là l’égo démesuré d’un amuseur never been dont la seule gloire aura été de faire rire bêtement des gamins de 12 ans avec des vannes de fin de banquet jalousant probablement les succès cinématographiques de ses camarades campeurs, jet setters ou gaulois…

Cyprien aura donc été « pensé » par ces deux arrivistes. Un personnage repoussant n’existant qu’autour d’une seule réplique (souvenez vous de l’hilarante « je recherche une blonde à forte poitrine ») dont le concept a été essoré pendant plus de 10 ans. Les masses gélatineuses pleines de neurones qui se sont penchées sur le script ont du se dire qu’il manquait peut être un peu de substance, qu’il fallait un gimmick, une astuce, un truc qui accroche alors pourquoi pas les Geeks ? C’est vrai quoi, même Marie Claire et Télépoche en parlent et puis si ça a marché avec les campeurs, les jet setters ou les gaulois, y’a pas de raison ! Arthur a du se dire que l’équation « sujet en vogue + comique connu » avait surement une chance de marcher, la critique sera mauvaise mais si le film dépasse le million d’entrée on lui mangera dans la main. Ce n’est pas une question d’argent bien sûr, c’est plutôt pour enfin trouver du respect dans les yeux de ses pairs qui continuent de le voir comme un péquenot parvenu. C’est donc sous sa bienveillance que pas moins de quatre personnes sont créditées comme « scénaristes ». Pour la gloire on retrouve bien sûr Elie Semoun, scénariste débutant mais dont les talents d’écriture lui auront quand même permis de s’épanouir dans la rédaction de petites annonces. On a ensuite pour la forme David Charhon, le réalisateur, qui a du charcuter le script pendant le tournage pensant que ça lui offrait la crédibilité nécessaire pour pouvoir diriger son équipe de techniciens stagiaires. Viennent ensuite les deux rédacteurs du scénario, d’abord David Guedj qui a fait ses armes comme membre du staff scénario de Plus Belle la Vie - une référence dans le n’importe quoi assumé. Et ensuite Romain Levy qui est l’un des scénaristes des 11 commandements de M. Youn (sans commentaire). Ces deux derniers ont justifié leur salaire en rédigeant un scénario qui emprunte son propos au Dr Jeckyl & Mister Love de Jerry Lewis tout en essayant de reproduire un univers geek dont la principale source d’inspiration semble être les pubs free.fr.

Les rares gags tournant autour du sujet tombent à plat, ou n’existent que par une représentation grossière et caricaturale d’un phénomène que les auteurs méconnaissent totalement. Certaines blagues (le coup de l’embrouille à propos de la prélogie Star Wars) semblent volées à la série Spaced qui représente tout ce que n’est pas ce navet imbuvable. Ici les références se cantonnent à La Guerre des Etoiles, Matrix et Spock, on essaye de faire le malin avec Retour vers le futur mais en se gaufrant lamentablement – en VF on dit « gigowatts » et pas « gigawatts » bande de bananes ! Tout ça donne la furieuse impression que personne n’a vu les films évoqués et qu’un conseiller technique de 12 ans payé en vignettes paninis aurait déjà pu sauver une partie du film, sauf qu’on se demande si Nadine Morano n’a pas été consultante pour les dialogues vu la misère du verbiage pseudo informatique honteusement servie. Le film n’étale pas seulement une parodie d’une médiocrité consternante mais il réussit surtout l’exploit de tartiner une caricature datée, surannée, que même les articles opportunistes publiés ces dernières années sur ce pseudo phénomène n’osent plus brosser.

Penchons nous sur l’histoire édifiante de ce limon merdique. Cyprien et ses amis sont des trentenaires attardés qui vivent dans leur monde de jeux vidéos et de cinéma et ne sont clairement pas faits pour un monde extérieur qui passe son temps à se moquer d’eux. Un jour Cyprien découvre un spray qui le transforme en beau gosse, il va pouvoir posséder tout ce qu’il convoitait (des bonasses à poils) mais se rendra vite compte que ce n’est rien à côté de l’amitié de ses vrais amis. Une fille verra la beauté à travers la laideur de Cyprien et la laideur dans le beau gosse qu’il prétend être devenu… Chapeau les artistes, cet étalage de bons sentiments, sur le papier, c’était déjà beau comme un cancer du pancréas, du baume au cœur tartiné comme on talquerait le cul d’un vieillard incontinent, ça a fait vibrer ma glotte, mais tout ça n’est rien à côté de la mise en image du script. Ici, c’est bien simple, tout est plus raté qu’un pilote de sitcom qui aurait été refusé par une chaine régionale.

Les acteurs sont complètement à la ramasse : Mouloud Achour et le pistonné Vincent Desagnat (son père a réalisé Les Charlots contre Dracula, son frère a réalisé La Beuze et sa grand-mère a joué dans Louis La Brocante, une famille fascinante …) qui semblent s’être retrouvés acteurs suite à une erreur informatique au pôle emploi de leur quartier, Catherine Deneuve, si impliquée dans le film qu’on a l’impression qu’elle a tourné ses scènes pendant ses pauses clopes. Eprouvons un petit peu de pitié pour J.M. Lahmi et Léa Drucker qui sont plutôt bons (surtout au milieu d’acteurs qui jouent ou surjouent comme des cochons) et dont la seule faute professionnelle réside dans leur tentative de défendre l’indéfendable. Le spectateur, gêné mais bienveillant, préférera oublier derechef leur présence céans. Le clou du spectacle c’est bien sûr ce gros ringard suffisant d’Elie Semoun qui semble oublier que le cinéma c’est pas tout à fait comme un plateau de télé. Alors jouer le trentenaire attardé à 45 ans avec un dentier, du beurre dans les cheveux et des lunettes de mardi gras c’est déjà misérable, surtout quand à la base on a déjà une tête de con, mais lorsqu’on incarne le beau gosse juste avec sa gueule et une perruque, là, c’est forcément le coup de grâce ! On rougit presque devant l’indécence de la situation et on enrage de participer passivement à l’étalage d’une pareille obscénité. On aurait pu s’inquiéter du ridicule achevé de la situation et de la santé mentale du principal protagoniste mais l’on se souvient tous bien sûr de ses tentatives pathétiques de faire le crooner en sortant de rocambolesques disques de bossa nova ! Force est d’admettre une constance farouche dans l’absence totale de dignité qui force le respect. Le film débute comme un crime contre l’intelligence, à tel point que durant les 20 premières minutes on s’attend presque à ce que les personnages soient présentés par Christophe Hondelatte. A mi parcours le spectateur saisi d’effroi devant ce qu’il qualifie alors de crime contre l’Humanité oublie le journaliste marlou de France 2 et pense voir le film s’achever carrément à Nuremberg. Hélas on ne juge pas les responsables des infamies du septième art. On aimerait pourtant qu’exception soit faite pour qu’ils soient châtiés à la hauteur de leur crime. Qu’ils soient noyés dans leur mépris, pendus par leur opportunisme, garrotés par leur nullité et asphyxiés par leur manque de talent. Cyprien est un film qui plaide pour le retour de la barbarie. Cyprien, c’est un crachat dans la plaidoirie de Badinter.

Filmé avec les pieds, éclairé comme un chantier de BTP en plein hiver, monté comme un film de vacances où il aurait fait mauvais temps et dialogué par une dream-team de ouf (Semoun, Plus Belle la Vie, les 11 Commandements, Arthur) il est préférable de passer rapidement sur l’aspect « technique » du film… Et puis c’est normal, c’est une comédie, on ne va quand même pas chercher des idées de mise en scène ou se faire chier avec la photo ! Mais au delà de la nullité endémique de ce projet qui suffisait déjà à rendre détestable l’inculte vermine responsable de ce produit pour bouseux, il reste que la conclusion du film offre un débouché intéressant, la crotte qui fait déborder le seau de vomi en quelque sorte, l’allumette qui met le feu à un pet déjà dégueulasse. Un tel niveau de bêtise, qui défiait crânement une concurrence pourtant sérieuse, était déjà un exploit ma foi fort surprenant mais il fallait conclure le tout avec une bonne louche de cynisme. Ce n’était visiblement pas assez qu’on vous défèque dessus, il fallait en guise d’épilogue qu’on vous crache à la gueule. Cyprien, vous l’aurez compris, est censé fustiger les parvenus imbus d’eux-mêmes qui brillent aux dépends des sans grades qu’ils écrasent et des moches dont ils se moquent. On ne peut pas dire que cette guimauve faisandée soit bien révolutionnaire ou bien compliquée à entraver, pourtant Semoun se fend d’une morale au travers d’un monologue final qui dit en substance : «Laissez nous être des ratés »… Pendant une heure et demie on nous chante avec une grâce pachydermique que les ratés ne sont pas ceux qu’on croit pour au final étaler une béate satisfaction de gros con. Laissez nous être des cons, des nuls, des merdes, laissez nous donc rater notre vie. Tout ce qu’on vous a présenté, le cinéma, les trucs de geeks, l’informatique tout ça, c’est bien pour les gros cons, alors laissez les être des gros cons, et puis si sur un malentendu ils arrivent à choper une meuf, ben c’est pas si mal. Comme si Semoun était venu s’essuyer les pieds sur le « script » pour y faire son numéro sans s’occuper de la tartufferie incohérente de sa réplique.

Finalement le parallèle entre les méchants imbus et cruels du film et les auteurs est fascinant. Parce que si il y a bien quelqu’un qui se moque de vous, de ce que vous aimez, le traite par-dessus la jambe et vous exploite ce sont bien eux. Eux, qui ont fait un film qui te dit qu’aimer passionnément le cinéma c’est être une merde ! Et leurs calculs mesquins d’opportunistes gluants sont évidents : Moins d’un million de personne sont allé voir le film ? Et alors !? Il reste toujours le juteux marché des DVDs… Et si rien ne se vend ça fera toujours des arguments pour les potes du gouvernement qui soutiennent la loi Hadopi et ils fustigeront de concert l’incivisme d’internautes ingrats crachant dans la main qui les nourrit. Ce film est comme un sac poubelle abandonné dans l’entrée et qui suinte. On ne s’en méfie pas, mais il exhale une odeur de mort, de défaite. Maudit soit le jour où ce film est sorti. Maudits soient Arthur et Semoun. Maudits, qu’ils soient maudits, et piétinés !

vendredi 12 juin 2009

TERMINATOR SALVATION


Dès la fin des années 50 le cinéma américain fut constellé d'oeuvres de SF mettant en scène la destruction de l'humanité par la bombe H, la mère de toutes les bombes (Le Dernier Rivage, Dr Folamour, La Bombe, Fail Safe... ). Les années 70 proposèrent ensuite le spectacle de sociétés reconstruites sur les cendres de l'apocalypse, des sociétés fascistes (Rollerball ou L'Age de Cristal) ou carrément barbares (Mad Max 2 en 1982). Probablement provoquée par la reprise des hostilités et des discours catastrophistes et va t'en guerre entre russes et américains depuis l'élection de Reagan en 1981, on assiste durant les eighties au retour des films post-nukes. 1983 avec Testament et The Day After, 1984 avec le britannique Threads ou en 1986 avec le dessin animé When the wind blows. Tous ces films théorisent et rivalisent d'imagination et de détails pour nous montrer ce qui nous pend alors au nez : la fin probable et toute proche de l'humanité.
C'est en 1984, donc en plein milieu de ce revival atomique, que James Cameron sort Terminator. A l'unisson de son époque, il nous dit que la guerre atomique aura bien lieu et qu'elle sera le fait indirect de la course aux armements. L'Homme s'est fait piéger par les armes qu'il a lui même créées pour se défendre... Un scénario "classique" reprenant la défiance populaire à l'encontre du progrès scientifique et militaire et qui venait d'être illustré l'année précédente par le Wargames de John Badham. Le discours est simple, notre destin c'est la guerre et il est trop tard pour éviter la tragédie et c'est dans ce contexte "chaud" que Cameron va raconter son histoire. Un Terminator vient du futur pour éliminer la future mère du leader de la Résistance. Si elle meurt, les machines auront remodelé l'histoire et nous perdrons la guerre et si l'espoir de l'humanité réside dans cette victoire, il n'est pas question toutefois de pouvoir éviter la catastrophe atomique. Le Terminator est une machine qui ne rigole pas, "something that felt no pity, no pain, no fear, something unstoppable" nous disait alors l'affiche du film. Aussi inéluctable qu'est l'avancée du temps et ainsi notre rapprochement fatal vers la guerre, le Terminator piste sa proie et rien ne peut le stopper. Même complètement détruit, il rampe encore et encore vers sa cible. Un méchant incroyable, fascinant, dont la sobriété et l'abnégation sont d'une classe folle. Comparé aux autres "bad guys", celui ci dépouillé de tout ne conserve en lui que le mal à l'état brut, un colosse nu tel qu'il apparait devant la troupe de punks. Depuis 1984, quiconque s'est chamaillé avec son disque dur ou une carte mère connait l'effroyable inhumanité des machines... Si en plus son programme est de vous éxecuter, pas de dialogue possible, juste la fuite.

Quelques années plus tard, en 1991, Cameron dynamite la noirceur de son film en sortant sur les écrans une suite boursouflée à la cortizone, gonflée aux effets spéciaux. D'avantage évènement technique que révolution scénaristique le Terminator 2 avait été accueilli avec une certaine fraîcheur de la part de certains fans (dont votre serviteur faisait partie). A la fin du second opus le jugement dernier est évité, le jeune Connor est sauvé grâce à un T800 venu le sauver d'un T1000... Le futur n'est plus inéluctable, le destin nous appartient et l'avenir sera ce qu'on en fait. La morale confortable d'un film pour ado à la violence édulcorée et au rendu très familial. Terminator 2 c'est le remake du premier avec une morale rassurante pour le grand public : les machines ont désormais une raison pour être devenues méchantes (car elles n'ont fait que se défendre d'une tentative de déconnexion générale) mais au final le Terminator se sacrifie pour nous sauver et s'il s'est humanisé (en faisant des blagues en espagnol) c'est que au bout du compte nous aussi nous pouvons apprendre à redevenir humains, nous nous sauvrons de nous mêmes pom pom tralala...
J'ai toujours trouvé ce revirement douteux. Il niait l'esprit du premier et ce qu'il nous proposait à la place ne m'intéressait pas. Terminator baby sitter contre un Terminator liquide dans un affrontement surfriqué, à l'évidence c'était le début de la fin pour une franchise qui d'années en années continuera de revendiquer une mythologie tout en lui tournant le dos.
Suite tardive, le troisième fit le choix de la parodie morveuse du second et n'existait que pour le feu d'artifice final tant attendu...
En multipliant les terminators et en leur donnant des pouvoirs démesurés, les deux suites se retrouvaient écartelées entre les possibilités offertes sur le papier par ces nouvelles machines et par la nécessité de faire vivre le suspense. Grand écart impossible ruinant la suspension d'incrédulité... Combien de fois le T1000 aurait t'il pu tuer directement John Connor ? Pourquoi nous infliger des scènes où on le voit faire "non non" du doigt, là où le T800 du premier film éblouissait le spectateur dans sa volonté sans fioriture !? Place donc à un spectacle vain dont la représentation virtuose rend le spectateur confus, l'abandonnant à la vision joyeuse d'une pyrotechnie élaborée et laissant en chemin l'imaginaire qui formait le cocon d'une histoire puissante et cohérente. Ils ont tué le Terminator, comme ils tuèrent l'Alien, en le multipliant...

Mis en boite par le réalisateur de Drôles de Dames Joseph McGinty (dit McG, claaasse), Terminator Salvation est donc la troisième suite du chef d'oeuvre de Cameron, et, ce coup ci (c'est à la mode) on nous propose une sorte de reboot premier degré de l'histoire clairement élaboré en vue de nous servir une nouvelle trilogie... Et c'est finalement dans cette remise à plat que réside le seul vrai point positif de cette assourdissante purge. Sortir enfin du carcan scénaristique proposé par les trois premiers films était une idée séduisante pour le spectateur qui se titillait légitimement la nouille se demandant bien quel nouveau chemin un récit "original" allait-il pouvoir emprunter. Bien sûr, on pouvait se douter qu'il y avait de grandes chances pour qu'on le conduise directement et une fois de plus dans la fosse à purin, mais la mise en bouche proposée par la bande annonce avait réussi à exciter tout le monde, "si vous nous écoutez c'est que vous êtes la résistance"...
Si les toujours très professionnels faiseurs d'Hollywood arrivent généralement à sauver les apparences en produisant des films aseptisés comme des saucisses de celluloïde calibrées pour que rien ne dépasse dans les étals des Virgins du monde entier, il arrive pourtant qu'au pays du billet vert et de la machine à illusion tout foire et que tout parte en quenouille transformant un soufflet de 200 millions de dollars (50 fois plus que l'original) en gloubi boulga infâme et indigeste. Ici c'est bien simple la vulgarité intellectuelle des idées proposées n'a d'égale que l'incohérence totale de l'ensemble. Sans queue ni tête le résultat projeté à l'écran est si aberrant qu'on doute que quelqu'un ait pu voir le film avant que la copie n'ait été dupliquée. Comme si du technicien au réalisateur tout le monde s'était barré en week-end une fois le boulot torché, persuadé que quelqu'un d'autre s'occuperait de fermer les fenêtres et de couper le compteur.
Face à une telle tourte, les fans, prévisibles comme une fin de film PG13 remonté, volèrent prestement au secours de leur franchise préférée en mettant en avant d'une manière quasi pavlovienne le fait que Salvation a été amputé d'une trentaine de minutes. Evidemment, on se doute bien que ça ne doit pas arranger une narration confuse aux enjeux stupides et brouillons, mais je lance le pari que les 30 minutes de plus ne feront juste qu'épaissir encore plus la panade déjà bien beurrée qui nous a été servie... Espérer boucher les trous du script en voyant le film en version longue ça serait un peu comme bouffer une purée dégueulasse et espérer reconnaître le goût des patates en se bâfrant en plus les épluchures !
Les pieds dans la semoule et le nez dans les biftons McG réalise en regardant ailleurs, probablement satisfait de l'inertie de la machine hollywoodienne. Résultat c'est passé au dessus de la casserole, ça colle aux semelles et c'est tout moche. Celui qui a eu l'idée de désaturer l'image peut aller se pendre, il restera toujours le gaz pour celui qui a eu l'idée de foutre un filtre bleu là dessus !
Passée l'introduction dans laquelle McG s'est dégorgé le poireau avec un plan séquence pirouette à la Children of Men (en moins gracieux, moins intelligent et moins virtuose) sa mise en scène est aussi plate qu'une pizza sans garniture. Dépassé, fainéant ou tout simplement incapable, ce marmiton n'essaye jamais rien, n'arrive jamais nulle part et semble pas être capable d'autre chose que de remplir son film par des citations et des clins d'oeil. Chaque morceau de bravoure étant cuisiné avec divers morceaux empruntés ici et là... Connor devant la cité Skynet tel Frodon devant le Mordor ou le final copie conforme d'Alien3, ou de T2 je sais plus... Mais c'est lors de la scène la plus spectaculaire du film qu'on racle les fonds de casseroles de l'inspiration. En moins d'un quart d'heure on nous balance La Guerre des Mondes (Robot géant, pêche aux humains et bruitages ad hoc), Transformers (le robot géant et ses motobots) et Mad Max 2 (camion citerne, gamine et plans photocopiés) Alors je veux bien que le cru de Spielberg l'ait impressionné, qu'il ait voulu se mesurer au pâté numérique de Bay et que le troisième ait été goulûment cité par Cameron lui même comme influence mais bon, à ce niveau là "citation" s'écrit "plagiat". C'est étonnant de voir que du ciné US le plus dispendieux jusqu'aux prods françaises les plus cheapos, on ne fait que déglutir un cinéma digéré depuis des années... Avec un tel niveau de consanguinité j'entend déjà l'industrie du ciné US nous sortir son banjo pour nous jouer un p'tit air !
Au delà du déjà vu, ce qu'on a se mettre sous la dent est famélique, à l'image du décors désertique du film. Aride. La base des résistants ? Trois pauvres tentes et deux couloirs. (McG fera pourtant exploser des mines, une roquette dans un tunnel, des grenades et passera tout le décors aux alentours au napalm). Les villes détruites ? Une scènes ou deux dans une rue en ruine... (McG fera pourtant péter un immeuble entier, comme ça, gratuitement). Le reste est torché dans le désert. Les résistants du monde entier sont à l'écoute de la voix de Connor ? Un plan sur des gars dans une forêt en plastique... Roland Emmerich l'européen aurait filmé des chinois sur la muraille de Chine, des Africains dans le Sahara et des français avec des bérets devant une Tour Effeil en flammes. Mais McG est américain alors pour lui le monde connu s'étend sur une zone de 300 kilomètres autour de Los Angeles !

Fidèle à l'axiome qui veut que moins il y a d'idée, plus il y a d'explosions, tout ce que se contente de faire McG c'est de laisser ses potes du département pyrotechnique tout faire péter ! Les 200 millions de budget c'est essentiellement pour l'essence ! Tourné au Qatar le film n'aurait pas coûté plus cher qu'un Bruno Mattei... C'est bien simple, il y a plus d'explosions dans ce film que de lignes de dialogues dans un Woody Allen, mais il y a trois fois moins de morts que dans un prime de Plus Belle La Vie... C'est tellement assourdissant que le spectateur rendu sourd et complètement abruti par cette tonitruante bande son doit saucer ses neurones pour tenter de démêler un imbroglio scénaristique totalement loufoque siphonné par trop de paradoxes temporels et ruiné définitivement par les innombrables bourdes d'une paire de scénaristes absolument pas concernés par la choucroute (et déjà responsables entre autres de l'inénarable scénar de l'estomaquant Catwoman). Je mets au défi ceux qui ont vu le film de raconter l'histoire à leur entourage et d'observer les mines déconfites, hilares ou perplexes qui apparaîtront lorsque vous expliquerez que Marcus un condamné à mort se fait transformer en cyborg en 2010, il se réveille en 2018 mais le con calcule pas qu'il est une machine... il va rencontrer le futur père de Connor comme ça pouf pouf par hasard et puis finalement il ira rejoindre la résistance grâce à une copine de Connor qu'il rencontre aussi par hasard, ensuite Connor il veut le tuer parce que c'est un cyborg, mais la meuf elle sait qu'il a un coeur, parce que c'est comme ça, les filles c'est romantique elles sentent ce genre de truc. Connor c'est un chef qui a joué batman alors il fait sa grosse voix mais finalement le cyborg il lui dit que c'est les machines qui ont son futur papa, alors il part chez skynet à pied. Connor aussi il part là bas mais en moto, il arrive donc un peu après. Marcus papote avec la conscience de skynet, un peu comme quand ta clé usb et ton disque dur externe tapent le carton, mais finalement il se rebelle lorsqu'il apprend qu'il a été manipulé pour que les machines infiltrent la résistance afin de remonter le signal d'attaque pour détruire un sous marin, de rage, il enlève alors sa puce qu'il a dans le cul et choisit d'être un humain parce qu'il a un coeur tu vois (les machines elles en n'ont pas normalement). Connor arrive, vu qu'il est dans le repaire de Skynet qui l'a attiré pour le tuer il bute plein de terminators, un ou deux, puis tout le monde se sauve en faisant tout péter. Connor est presque mort heureusement car Marcus en a gros sur la patate parce qu'il a tué son frère et deux flics (son frère c'était pas assez, il fallait rajouter les deux flics... Dans la version pour le moyen orient j'imagine que Marcus a en plus mangé du jambon !). Il va ainsi pouvoir accomplir sa salvation en offrant son petit coeur (fracassé par un T800 la bobine précédente) à John Connor pour une transplantation dans une unité médic qui ressemble à l'infirmerie de la première saison de Deadwood...

Voila donc le fourre tout de Terminator 4 aux enjeux débiles et mille fois réchauffés, les mêmes histoires servies inlassablement avec à chaque fournée ses propres décors et ses propres personnages franchisés. Passionnant comme un pamplemousse sous vide air. Fascinant comme jouer avec M. Patate...
Dans cette soupe de caca, il ne faut pas s'étonner que les croûtons aient des goûts de chiottes. Mis à part les deux personnages principaux interprétés par deux bovidés, les autres personnages restent sur le bord de l'assiette. Michael Ironside vient cachetoner comme s'il faisait une courte apparition dans un obscur Z italien, Kate (Mme Connor) n'est là que pour servir les plats, pleurer sur deux scènes et faire sortir la punch line de Connor... A croire que son personnage n'est présent que pour un souci de continuité.
Les autres autour plombent le récit ou le rendent totalement hors sujet mais ils permettent une identification confortable pour toute la famille américaine. On retrouve donc les éternels "pote black" sympa mais à qui faut pas la faire forcément incarné par un rappeur, la bimbo cool à grosses loches un peu garçon manqué mais tellement romantique (Moon Bloodgood, tellement refaite à 33 ans qu'on dirait un CGI), la vieille dame bienveillante et pétrie de bon sens avec toujours un bon conseil vissé au coin du bec qui se retrouve à servir le thé à la fin de la bataille (Tante May, sors de ce film bordel !) et puis il y a la petite fille Noire, choupie comme tout, sage mais malicieuse, celle vers qui on se tourne à la fin en rigolant, pouce en l'air parce que c'est elle qui a le détonateur et dont le rôle se borne à nous reservir une version propre et bien élevée du Feral Kid de Mad Max 2...

Franchement, ceux et celles qui s'extasient devant ce film manufacturé comme une vache qui rit devraient se pencher sur l'écriture de ces personnages avant d'en vanter les mérites. Pour moi ils sont comme ces gens qui se déclarent "amateurs de fromage" mais qui te vantent la forme dynamique, la coque chatoyante et le goût fascinant du Babybel ! Au fond c'est parce que j'aime le fromage que je conchie ce Terminator Savonnette... Et que je conchie les inconscients comme moi qui tant qu'ils iront voir des bouses pareilles ne doivent pas s'étonner qu'elles soient produites !

Un petit épilogue pour résumer :
On a évité : Marcus lançant "hasta la vista baby" à l'ordinateur avant de le casser
On a pas évité : Guns'n'Roses
On a évité : Marcus avec des lunettes de soleil dans un bar avec Bad to the bone
On a pas évité : la gueule à Schwarzy
Mais on a évité de nous montrer sa bite (pour le coup le film est moins culotté que l'adaptation de Watchmen)

jeudi 9 avril 2009

VINYAN


La production française a décidemment un gros problème avec le cinéma fantastique et d’horreur. Après le gros échec de la boite de production Bee Movies qui lança entre 2001 et 2002 le molasson Jeu d’enfant, le navrant Bloody Mallory et l’agréable Maléfique, on vit débouler sur nos écrans des films foutraques tentant le grand écart consistant à séduire à la fois les fans du genre par l’intermédiaire d’une très onaniste générosité et à la fois un grand public qui pourrait se laisser tenter par une réponse hexagonale aux productions yankees.
Produits dans la douleur et à peu de frais par des réalisateurs "nouvelle génération" qui nous disent que l'existence même de ces films tient du miracle, ils se sont bien vite mis à couiner à qui voulait l’entendre qu’ils étaient forcément victimes d’une censure qui ne veut pas dire son nom, d’un dédain bourgeois de l’establishment et du refus des distributeurs de laisser exister leurs films dans un circuit de salles convenables. Sans se douter que si leurs films sont boudés du public c’est peut être aussi parce qu’ils sont incroyablement mauvais, référencés à mort et sans aucune proposition intéressante. Leurs histoires tentent des resucées qu’ils espèrent correctes de ce qu’on voit depuis déjà 35 ans.
C’est malheureux mais depuis quelques années, être fan de film d’horreur en France (je laisse le terme geek aux gamins de 14 ans, ça les amuse) c’est carrément un acte de foi, une sorte de passion pentecôtiste où il semble qu’il faille se faire humilier et frapper par l’objet même de son adoration. Les messages dithyrambiques qui s’alignent dans les forums à propos des films de Snyder ou Laugier ressemblent pour moi à ces processions d’illuminés qui parcourent des kilomètres en se fouettant le dos. Le sourire béat vissé sur leurs faces ébahies ainsi que le style passionnel de leurs témoignages gravés dans la roche du 2.0 nous montre qu’ils ont abdiqué toute rationalité et rappellent aux yeux des incrédules qu’un croyant est prêt à gober n’importe quoi, tant qu’il a la Foi. Catalysés par les trompettes de l’autocélébration d’une presse spécialisée, ils se couchent devant les prophétiques sentences qui s’étalent chaque mois en couverture de Mad Movies ! A l’intérieur : Traumatisme de l’année 2007 (n°197). Martyrs : L’électrochoc du cinéma français (n°210). Vinyan : L’expérience ultime (n°211).
Hérétique que je suis, après avoir été banni du forum Mad Movies me voilà condamné à errer comme un paria, fouinant les salles obscures pour y trouver une nouvelle victime sur qui cracher les molards de ma gluante arrogance censés irriguer les coliques de mon impuissance dans laquelle se dépose le limon immonde de ma frustration. C’est donc sur Vinyan que ma carcasse suintante de haine jeta son dévolu l’autre soir. Loupé en salle, c’est sur le dvd de cette (nouvelle) expérience (forcément) ultime que je poserai l’œil torve de mon mépris. Du cloaque repoussant qui sert de niche au chien d’infidèle que je suis, je sais bien que Calvaire, le premier film de Fabrice du Welz, avait des atouts indéniables, et même si je n’avais pas vraiment aimé le film, j’avoue avoir été séduit par des acteurs intéressants et surtout par la sublime photo du chef opérateur Benoît Debie. Hélas, loin de concrétiser son premier essai Fabrice Du Welz a réajusté le tir pour faire feu à l’unisson de la médiocrité ambiante… Se défendant probablement de faire partie de la même engeance en portant un regard très sérieux sur son cinéma, il ne fait que nous rendre sympathique la joyeuse nullité potache de ses camarades.
Vu que j’ai quelques lignes devant moi, et que c’est plus qu’il n’en faut, résumons l’intrigue.
Janet et Paul ont perdu leur fils dans le tsunami du côté de Phuket et n'ont pu se résoudre à quitter la Thaïlande, Janet n'acceptant pas l'idée du deuil. Un soir elle croit le reconnaître dans un reportage vidéo sur les orphelinats birmans. Elle persuade alors son mari qu’il faut partir à sa recherche. Ils s'en vont donc avec un passeur mafieux sur la mer birmane et se perdent dans la jungle. Au fur et à mesure que Janet sombre dans la folie, des gamins boueux déboulent de toutes parts, sorte de portée cauchemardesque de la mère multipliant son fils à l’infini et qui finira par tuer le père coupable à ses yeux d’avoir abandonné leur enfant. La dernière image c’est les bambins tout crottés qui pelotent Janet, en transe et à moitié à poil.
Du Welz aurait eu du cran, on les aurait vu téter les mamelles d’Emmanuel Béart mais le spectateur restera déçu d’être devant un film de Du Welz, et non devant un film de Cronenberg, ou de Mattei…
Alors si Laugier avait au moins fait l’effort de recopier une définition de 4 lignes trouvée sur wikipedia pour écrire le scénario de sa leçon de philo pour gamin de 12 ans (Martyrs), Du Welz lui ne va même pas faire semblant d’écrire un script et limite ses dialogues à 2 lignes pour Béart et une pour Sewell :
-C’est Joshua (Béart)
-Non c’est pas lui (Sewell)
-Tu l’as laissé partir (Béart) (à répéter ad lib)
Alors bon, c’est sûr que c’est un peu court pour caractériser des personnages, mais, nous dit-il à longueur d’interview, ce n’est pas ça qui l’intéresse, ce qui le passionne c’est d’expérimenter. Ex-pé-ri-men-ter. « Ce qui m’intéresse le plus dans le cinéma c’est le style des réalisateurs, et j’essaie d’en avoir au maximum » se justifie t’il pour préférer se regarder filmer plutôt que de prendre le temps de nous raconter une histoire. Parce qu’avec un script inexistant aux enjeux totalement évidents et sans ambiguïté, Du Welz n’a comme excuse pour enfiler ses tentatives formelles, qu’une vaine déambulation. Ca ne semble pas le freiner et ses « expérimentations » se succèdent stérilement pendant une longue heure et demie, nous secouant nerveusement chaque idée comme un hochet pour être bien sûr que le spectateur a bien saisi à quel point il avait du style. Il voudrait avoir la classe mais ça n’est qu’agaçant, un peu comme un morveux qui vous tire la veste pour vous montrer ce qu’il sait faire avec son nouveau jouet. Couper le son lorsque Béart met la tête sous l’eau puis le remettre lorsqu’elle la ressort c’est marrant, mais au bout d’un moment ça devient un peu appuyé, puis redondant et finalement complètement idiot car totalement vain. On peut penser au gag « jour/nuit » des Visiteurs, ou à celui des poulets dans OSS 117. Une superbe expérimentation qui ferait surement rire Jacquouille la fripouille ! Je vous rappelle que c’est pour ce genre d'astuces que Du Welz semble penser n’avoir pas besoin de scénario. Comme il le dit lui-même « mes choix de mise en scène je les ai faits de manière radicale », et capricieuse ajoute le spectateur…
Parce qu’ici, du fond de notre trou, on a plutôt l’impression de voir un réalisateur qui se la pète mais qui n’a rien à dire, et qui a la prétention de croire que son « style » fera la différence en créant un sens à une histoire rabâchée.
Le début du film est à ce titre éloquent : après avoir bazardé les scènes d’exposition sans laisser le temps au spectateur de se familiariser avec le couple endeuillé, Du Welz préfère nous noyer dans une longue scène éprouvante dans les bas fonds de Phuket citant explicitement Noé avec gros plan sur masturbation et détour systématique sur toutes les poitrines qui passent dans le champ de la caméra. Ça se veut immersif et provoquant, c’est juste d’une effroyable vulgarité. Une vision de beauf de la Thaïlande… Évidemment tout le monde a compris que Béart à la recherche de son passeur cite la quête du Ténia dans la boite de nuit d’Irréversible, mais appeler « expérience » une redite formelle déjà vu chez un autre réalisateur qui a le même chef op’ c’est un peu se foutre de la gueule du monde. Ici on est loin du talent de Noé puisque chez ce dernier les acteurs sont dirigés, ils brillent au sein d’une mise en scène élaborée. Du Welz, lui, semble se contrefoutre de diriger quoique ce soit et qui que ce soit faisant tomber à plat ses scènes censées être « chocs ». Que ce soit les masques en caoutchouc des gamins lors du cauchemar, les enfants qui rient ou la vieille qui flippe, on est à chaque fois loin de l’inquiétante étrangeté voulue. On est plutôt dans la redondance d’effets évidents et déjà vus qui choquent juste par l’amateurisme évident de protagonistes tentant de faire transparaître des émotions avec une finesse toute pornographique.
Avec tout ça à l’écran, il ne faut pas s’étonner qu’on pouffe devant le final où des gamins prenant la pose dans un placement très esthétique, donc évidemment artificiel, viennent éviscérer le père dans une scène inutilement outrancière donc ridicule.
A un moment le fils défunt apparaît à son père pendant son sommeil, le père se lève et l’enfant fuit, alors le père se lève pour le suivre mais l’enfant ne s’arrête pas de fuir… C’est tellement évident, tellement vu et revu qu’on pensait ce genre de scène désormais réservées aux sitcoms ou aux parodies. C’est odieux de faire jouer ça à des acteurs, c’est indigne de le proposer à des spectateurs.
Au milieu de tout ça, la descente aux enfers du couple ne subit aucune évolution, juste une impression que ce dernier avance de temps en temps lorsque le film s’y intéresse, même si c’est pour tourner en rond. Le chemin morbide d’Aguirre ou la déshumanisation de Willard dans Apocalypse Now existent au travers de personnages forts, évoluant dans un univers oppressant. Ici le seul chemin parcouru c’est celui du spectateur qui s’éloigne petit à petit de protagonistes dont il n’a jamais partagé le chagrin. Rufus Sewell tente ce qu’il peut et il a beau y croire, il n’a pas grand-chose pour sauver son rôle. Emmanuelle Béart, elle, transforme son personnage en une folle hystérique et son jeu en roue libre n’arrive à sortir le spectateur de l’ennui que pour l’horripiler. Les autres protagonistes sont laissés en cours de route sans qu’ils n’aient servi à quoi que ce soit si ce n’est mettre quelques croûtons dans le bouillon marécageux d’un script bâclé.
Il reste le décor : la Thaïlande. Et si Du Welz ne jette pas un œil très intéressé sur ses habitants (mis à par sur les formes avantageuses des putes de Phuket), il n’a pas l’air pour autant de s’intéresser à la nature, au-delà de quelques plans carte postale. L’oppression progressive de la jungle comme expression de l’isolement psychologique des deux personnages et la descente d’un fleuve comme métaphore de la perte d’humanité et d’entrée dans un nouveau monde onirique, tout ça semble évident mais reste au seuil d’un traitement digne de ce nom, à l’instar du sur-place psychologique des protagonistes.
Le tsunami n’est qu’une excuse scénaristique bidon n’existant que comme prétexte initial. Pourtant le traumatisme d’un couple au travers du traumatisme d’un pays ravagé semblait pouvoir faire un film fort, il n’en est rien. C’est bien beau de se trouver « radical », mais sans rigueur au niveau de l’écriture c’est le désastre artistique complet, et en allant plus loin en lisant les déclarations satisfaites de Du Welz c’est un naufrage détestable.
Ceci dit Du Welz est content d’avoir pu tourner en Thaïlande, parce qu’au moins là bas tu peux filmer des enfants placés « à plusieurs mètres du sol dans les arbres, des choses inconcevables en France. Là bas, tu peux travailler quinze heures durant avec des gamins dans la jungle sans être emmerdé » dit il à Mad Movies qui salue là « une franche liberté permettant à Du Welz et son équipe d’avancer tels des guérilleros du cinoche »… Sans commentaire.
Vinyan ? Un vrai calvaire.