lundi 5 novembre 2007

LA DERNIERE LEGION

Halala… Cette décourageante fresque lymphatique est peut être un spectacle principalement destiné aux plus petits d’entre nous ce n’est pas à mes yeux une raison suffisante pour être magnanime et tolérant ! Cette purge sans être vraiment détestable a tout de même su redonner un éclat tout particulier au mot « misérable ». Ainsi Doug Lefler, collaborateur de Sam Raimi (aïe), storyboarder d’épisodes d’Hercules (aïe aïe) et réalisateur d’épisodes de Xena (aïe aïe aïe) va sous les ordres de l’inénarrable Dino De Laurentiis et devant nos yeux qu’on aurait bien aimé ébahis nous faire revivre les grandes heures du bis rital ambiance peplum-fantasy mou du genou mais aux costumes rigolos et aux décors en carton pâte !
Ainsi donc, on a un p’tit gamin, le dernier César, qui doit fuir Rome tombée aux mains des Goths. Il se réfugie en Angleterre après avoir retrouvé l’épée de Jules César. Il est aidé dans sa quête par des personnages sympas, deux trois romains, une guerrière hindou et un vieux sorcier… Même si on s’en doute, il faut attendre la fin du film pour apprendre que le vieux sorcier c’est cette vieille branche de Merlin, le dernier César n’est autre qu’Uther Pendragon et l’épée vous l’aurez tous deviné à ce stade, c’est bien sûr Excalibur ! Pour les nigauds qui comprendraient pas, les responsables de la com ont décidé de tout spoiler direct sur l’affiche, probablement pour permettre aux gens de partir avant la fin du film sans qu’ils aient l’impression d’avoir loupé quelque chose… C’est assez élégant de leur part, il faut le noter !
Par contre, en parlant d’élégance, il vaut mieux éviter de parler de la réalisation. L’inexpressivité totale de ce film tout mollasson nous rappelle régulièrement le passé télévisuel de l’auteur et les conneries défilent à nos yeux à un rythme endiablé… Dommage que l’histoire et les personnages ne suivent pas la même cadence parce que pendant une heure et demie c’est le festival des faux raccords honteux (des personnages apparaissent ou disparaissent de l’image plus mystérieusement que Merlin dans Excalibur) des champ contre champ (qui nous rappellent l’hystérie des plus belles scènes de bistrot de Plus Belle la Vie) et des ellipses scénaristiques pour lesquelles on ne sait plus qui fustiger, le scénariste inconscient, le metteur en scène probablement grippé ou l’équipe technique qui doit probablement ne rien capter à ce qui se passe. De toutes façons cette coproduction internationale semble avoir été conçue pour faire bosser ensemble des étudiants d’un peu partout en Europe, genre stage d’été. Et si l’on doit évoquer le montage de La Dernière Légion, on se dit que l’assistant français du monteur devait être trop occupé à besogner la script girl slovaque pour se soucier de cette farce dont le budget n’a même pas la décence d’avoir été ridicule ! Et si le budget n’est pas ridicule les chorégraphies, elles, n’oublient pas de l’être ! On a donc une petite pensée pour la miss monde indienne qui fait juste n’importe quoi avec ses armes débiles et qui est aussi crédible en farouche guerrière toujours bien coiffée et admirablement maquillée que Tante May dans le rôle d’Helen Ripley !
Et si les chorégraphies sont ridicules, les costumes ne sont pas en reste et permettent de sortir de l’état amorphe dans lequel l’indigence de ce spectacle bâclé nous plonge. Si pendant la première heure les Goths font rire, l’apparition d’un espèce de seigneur de la guerre qui se trimballe un look de heavy metalleux de 14 ans avec imper grotesque et masque pourrave sorti d’un Z rital de 1983 finit d’enterrer le film. C’est pas possible, la costumière bulgare devait s’envoyer en l’air dans un coin avec le preneur de son tchèque !
Pour faire bonne figure, et pour rehausser chorégraphies grabataires et costumes fauchés, rien de tel que des maquillages en plastique ! Et là, c’est carrément la fête du caoutchouc ! La cicatrice que le pauvre Kevin McKidd (le Vorenius de l’excellente série Rome) arbore fièrement lui donne une tête de Kirk Douglas époque Les Vikings… Sauf que dans le film de Fleischer, on y croyait ! Vorenius, ou Wulfila, comme il se fait appeler depuis qu’il a mis une perruque rousse, ne joue dans ce film qu’avec son œil droit… Et vu son large temps de présence à l’écran il doit être un des seuls à avoir vaguement bossé, on sent que ça le saoule un peu… Surtout que le reste de l’équipe italienne devait être en train de fumer des oinjs à l’autre bout du plateau ! Mention spéciale aussi pour son pote, l’espèce de gros barbare qui m’a fait penser à Roger Ward (Fifi Macaffee dans Mad Max) et dont le jeu d’une incroyable finesse a du être peaufiné tout en nuance sur des rings de catch pendant 20 ans !
Mais bon, c’est encore les Goths les plus rigolos, parce qu’en face, la communauté de l’épée est formée d’une sorte d’asperge pour jouer le héros charismatique (Colin Firth, aussi expressif que le poisson du même nom), de Sonia Roland dans le rôle d’une guerrière redoutable, de Gandhi (Ben Kingsley) ici affublé d’une fausse barbe et d’une robe blanche pouilleuse dans le rôle de Gandalf et même, et là je ne plaisante plus, d’un gros rasta qui fait un gros centurion sympa (film américain oblige, tout le monde doit s’y retrouver) !
Quand la débâcle atteint ce niveau, on ne s’inquiète plus de la photo qui ose des plans d’un ridicule achevé (l’hindoue devant le héros dans un face à face en ombre chinoise, ça donne envie de faire une capture d’image pour un éventuel concours du plus moche fond d’écran) on ne s’inquiète plus non plus des pompages éhontés (Le seigneur des Anneaux et ses 4 crétins qui passent des cols de haute montagne en short, Gladiator et ses vilains barbares qui sortent du sous bois, l’affiche et son air de 300 à la con) et on ne fait bien sûr plus attention aux dialogues qui sont globalement d’une hallucinante ineptie… Parfois d’une puissance évocatrice digne d’un emballage de carambar, la philosophie de ce navet familial bouleversera les petits comme les grands par l’universalité de son propos. Je ne peux m’empêcher de terminer en citant Merlin : « Quand le chemin devient obscur il devient difficile de le voir »… Méditons là dessus, le temps de se taper Resident Evil 3 et de revenir à des préoccupations plus terre à terre !
En conclusion, je trouve que cette ânerie insondable et définitivement grand public (pas de sang, rapports très chastes) nous ramène au cinéma de papa, voir même de grand papa… le kitch des années 80, les aventures fauchées mais colorées des nanards des années 60, avec en conclusion le discours pacifiste ultra naïf des années 50… Oui, c’est bien plus de 50 ans de conneries que ce film nous résume en un peu plus d’une heure et demie. Merci Doug, merci Dino.

11 commentaires:

kiceki a dit…

Merci pour cette critique.

Si tu as du temps à perdre, comme j'en ai eu le week-end dernier, je te conseille d'aller t'infliger "paranoid park" : une intrigue au ressort plus mou qu'un carambar chaud (oh, c'est donc pour cela qu'il était sale et avait l'air soucieux !) les ralentis les plus improbables du monde (un type qui marche lentement dans un couloir c'est déjà long mais au ralenti...), des caméras à l'épaule à faire vomir le plus habitué des fans de space mountain (dans un champs il semble difficile de marcher de façon stable) un film qui a enfin le mauvais gout de ne jamais finir quand on le désirerait mais qui étale son néant au maximum comme une infinitésimale boulette de beurre rance sur une trop grande tartine...

Je ne t'en dis pas plus, ça gacherait ton plaisir...

Kiceki

Encrenoire a dit…

En tout cas, ta description du plateau de tournage fait rêver.
T'as oublié de parler du caméraman roumain qui se faisait un concours de boisson avec le best boy grip (le mec qu'on sait pas à quoi il sert) slovaque, non ?

une fille au crâne rasé a dit…

j'ai du réveiller les voisins tellement j'ai ri
bravo ^^
encore !!! noch ein mal !
j'ai un film pour toi (enfin, voilà quoi) : in the land of women. j'arrive pas à décider si c'est un sans-cerveau complet ou alors c'est un gars qui a fait des études dans une école qui apprend à faire des sans-cerveau mais qui a voulu faire un film un peu profond. j'aimerai avoir ton avis
et je suis tout en accord avec ce qu'a dit télérama qur ton blog
bonne continuation !!

Don Lo a dit…

Pfff... sacré toi !

A part qu'on n'écrit pas "voir même" mais voire tout court. Pénible, hein ?

junko a dit…

Don lo, au jour d'aujourd'hui, et malgré que j'essayes de faire des efforts, je fais toujours une faute quelque part !
Merci en tous cas d'être vigilant !

stat a dit…

« Quand le chemin devient obscur il devient difficile de le voir »…
You've made my day !
Merci

kirieh a dit…

Les barres de rire! Merci, quitte à critiquer autant taper dans l'humour noir que dans les discours pompeux, au moins tout le monde y trouve son compte (même si tu descendais un film que j'adule, avec ce ton là, je ne pourrais pas m'empêcher de me marrer, c'est magique ça quand même).

Tu termines en citant Resident Evil, alors à ce propos je me demande par quel saint MIRACLE la dernière bouse n'apparait pas ici avec ses corbeaux tueurs (vibrant hommage?), ses deux blacks qui meurent dès le début, histoire de boucler le contrat de quota racial vite fait bien fait(hop hop que je te fasse manger la fille black par les oiseaux deux minutes top chrono après un pathétique début de romance entre... oh mais dis donc, entre deux blacks! étrange. et hop hop et que le deuxième afro-américain soit le premier abruti contaminé qui refuse de se laisser mourir dans le désert pour épargner ses camarades mais préfère ressembler à un vieux steack tartare saupoudré de talc vers la fin du film). J'ai eu 4 fou rire nerveux en salle. Mention spéciale.

Je ne parle pas de la scène où le zombie se saisit d'un téléphone portable et tape le 06 de sa mère comme un golio atteint de paludisme avant de manger les méchants scientifiques dans un apanage de cris "ah ah ah nooooon" que t'as presque l'impression que oui, se déroule la partouse du siècle là dedans vu qu'on voit rien à part un bras qui s'agite au milieu d'une vieille flaque de diabolo grenadine et (je crois) une hypothétique jambe de zombie qui danse la macarena.

Tellement beau que j'en fais une phrase lyrique qui prend quand même 2"32 à être prononcée. Tiens bah d'ailleurs c'est surement le temps qu'il m'a fallu pour évacuer tout le stress accumulé à cause de la réalisation diabolique de ce film, attends attends y'a quand même un moment où des chiens enragés mangent une vieille junky et ses Navy Boys en un passage top hardcore tout en suggestion et en cris(la caméra trippe à filmer les tuyaux du plafond, très profond. y'a un message caché là dedans c'est sur)... une partouse avec chiens, c'était plus que mon innocence ne pouvait en supporter.

junko a dit…

ah ah ! Oui ben c'était prévu et puis finalement non, je l'ai pas vu...
Merci en tous cas de me conseiller toutes ces bouses pour occuper mes insomnies ou mes sorties dominicales ;)

kirieh a dit…

Pas de quoi pas de quoi, c'est notre devoir de spectateur blasé. Il faut bien qu'on se venge de ces gens qui nous font endurer les pires souffrances visuelles et intellectuelles.

Vive les films de merde!

G-Skifo a dit…

Oh j'ai vu la fin sur canal, ça m'avait pas l'air extra. Et puis j'avais l'impession d'avoir vu l'hisoire des centaines de fois.

Anonyme a dit…

Au vu cette excellente critique, je t'invite à regarder Bitch Slap (j'ai cherché mais pas trouvé sur le site), dont j'attends la critique méritée ;-)